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14 avr. 2009

Centre maternel


Elle est enceinte de six mois, sans ressources, elle ne veut pas vivre avec son copain pour le moment.. et elle souhaite visiter quelques maisons maternelles qui accueillent de futures mères et des mères d'enfants de moins de trois ans .



Le temps passe.. quelques semaines.. et malgré les démarches actives, rien de concret ne se profile. Il faut dire que sa situation administrative ne la place pas en position prioritaire..

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Il y a quelques jours, nous avons rendez-vous dans un centre maternel, finalement!

Elle expose sa situation, ses motivations, et nous visitons!

Une place est libre, et elle lui est proposée sur-le-champ! mais il lui faut donner sa réponse le lendemain matin..

La pression monte pour elle, ses pensées l'obsèdent, ses questions se multiplient, elle se sent pressée et oppressée, et elle ne sait plus si ça l'intéresse.. elle en parle autour d'elle dans l'après-midi..

Le lendemain, sa décision est prise, elle refuse la place.

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Nous rediscutons longuement de sa décision, et nous formulons toutes les deux quelques hypothèses pour tenter de nous expliquer ce qu'il se passe:

Première hypothèse:

Elle vient de prendre conscience de ce qu'est un centre maternel et elle ne veut pas que son fils naisse dans un foyer, elle voudrait même lui éviter ça à tout prix. Elle a vécu elle-même plusieurs années en foyer, et elle va devenir Maman, adulte et responsable, donc la vie sous assistance éducative ne lui convient plus, et ce n'est pas bon pour son enfant à venir.

Deuxième hypothèse:

Sa copine, à qui elle explique son désarroi, dans l'urgence de la décision à prendre, lui propose de venir vivre chez elle, dans un appart à deux chambres, en centre ville. Elle a donc une solution d'hébergement, et même si ce n'est pas la meilleure à moyen ou à long terme, c'est néanmoins une solution ; et qui peut lui éviter le foyer dans l'immédiat. Elle pensait jusque là ne pas avoir de choix.

Troisième hypothèse:

Elle adopte lors de l'entretien une attitude assez fermée, que nous expliquons par le fait qu'elle est un peu impressionnée, que nous sommes très en retard (changement du lieu de RV non communiqué), que le ton est assez directif, et qu'elle n'aime pas trop les entretiens en général, elle le reconnaît..
De ce fait, il lui est demandé si elle a un caractère facile, elle répond que non. Il lui est demandé si elle accepte facilement les conseils et si elle les suit, elle répond qu'elle peut les écouter, mais qu'elle ne les suit que si elle les pense bons, et qu'en général, elle sait à peu près ce qu'elle a à faire. Il lui est alors demandé si elle pense pouvoir vivre en collectivité, et si elle sait que les autres mamans peuvent parfois faire des remarques (justifiées ou pas) sur la façon d'élever ses enfants, elle répond qu'elle saura se positionner. Il lui est demandé si elle a tendance à se battre (physiquement), elle répond que non, pas du tout.
Pour résumer, elle a vécu cet entretien comme un interrogatoire, beaucoup trop inquisiteur à son goût, et elle ne s'imagine absolument pas vivre en cotoyant au quotidien cette personne qui l'observe et lui rappelle ses points faibles (et ses erreurs passées). Voilà donc ce qui appuie son refus.

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Position de l'équipe:

Notre objectif éducatif est désormais qu'elle puisse partir dans les meilleures conditions possibles, sachant qu'elle vient de refuser une possibilité correspondant à ce qu'elle souhaitait et que rester en MECS jusqu'à 6 mois de grossesse, c'est déjà bien! Nous lui laissons donc un petit mois pour se trouver une solution satisfaisante, et bien entendu, nous l'accompagnerons dans son choix, dans la mesure des possibilités du service.

2 commentaires:

Ababakar a dit…

salut!
J'aime beaucoup tes histoires. Elles sont vraiment variées et intéressantes. C'est sympa les grandes villes! Bon courage à la future maman.
Je n'ai pas bien compris une chose : Sont-ce ses hypothèses? celles de l'équipe? Qu'en dit-elle? Quid de l'alternative chez la copine?

Maïa a dit…

Quand je dis "toutes les deux", c'est la jeune femme et moi.

Je lui ai proposé de discuter avec elle pour deux raisons:
- pour que je puisse mieux comprendre son "non", et que je puisse l'expliquer à l'équipe
- pour qu'elle comprenne mieux ce qui s'est "joué" dans cette situation précise, parce qu'il me semble important d'analyser le pourquoi, pour elle.
L'objectif est commun: préparer au mieux la suite, et être bien au clair sur le fait que nous ne lui en "voulons" pas de changer d'avis.

Cette discussion a eu lieu avant la réunion d'équipe, et nous nous sommes basés sur ces hypothèses pour fixer la date de départ. Nous avons tenu compte du fait qu'elle ne peut pas rester dans le service si elle a une solution plus adaptée (centre maternel) et du fait qu'humainement, on ne peut pas mettre fin à sa prise en charge le lendemain. Si elle est restée si longtemps, c'est parce qu'elle était active dans ses recherches d'hébergement et qu'elle n'en trouvait pas jusque là.

A ce jour, nous ne savons pas encore exactement où elle emménagera, sans doute chez cette copine. Elle constitue actuellement des demandes de logement auprès des bailleurs publics, et elle s'est assurée que sa référente sociale prendrait notre relais pour les prochaines démarches diverses.

Voilà, j'espère que c'est un peu plus clair.

A bientôt.