Abonnez-vous au Flux RSS de l' "Autre Monde des Educateurs Spécialisés" en cliquant sur le bouton correspondant de votre navigateur.. Si si! Cherchez bien, il ressemble à ça, et il est juste à côté:

26 mars 2007

Vocabulaire

Salut!

Je voudrais aujourd'hui faire profiter tout le monde d'un petit document ridicule mais intéressant!
Vous avez déjà tous entendu parler de cette merveilleuse disposition d'esprit qu'est l'empathie, si difficile à définir?!?
En gros c'est la capacité que l'on doit avoir à se mettre à la place de l'autre pour comprendre ce qu'il ressent. Admettons qu'une grande partie d'entre nous en soit capable..hum..oui admettons, combien sommes nous à savoir mettre un mot sur ce qui est ressenti.. Je veux dire autre chose que.. "Tu as l'air en colère, déçu, triste ou joyeux" ou "ça doit être dur".. Même si ces quelques mots ne sont jamais très loin de la vérité, il n'est pas impossible qu'ils nient la richesse des subtilités de l'âme.

Alors petite leçon de voc:

(cliquez sur l'image pour l'agrandir-et une seconde fois po
ur zoomer! vraiment il faut tout vous dire !! )

Mezimages Hébergement gratuit d'image

20 mars 2007

"Injonction thérapeutique", précisons.

Dans le post précédent, j'ai utilisé "injonction thérapeutique" uniquement dans son sens littéral, juste pour dire que nous avions signalé à cette jeune femme qu'elle avait besoin de soins, que nous n'étions pas missionnés ni formés pour ce type de suivi, et que nous ne pouvions pas continuer à l'accompagner si elle ne se soignait pas. Il s'agissait donc d'une exigence de notre part dans le cadre de l'accompagnement éducatif, rien de plus.

Quand on parle d'injonction thérapeutique à proprement dit, on fait référence à un élément de loi datant de 1970, qui correspond à une obligation de soin (examen médical, orientation et suivi thérapeutique) contre une remise de peine, destiné aux usagers de drogues pour leur éviter la réponse répressive et donc des peines plus lourdes. C'est surtout pour mettre en avant la nécessité de soins que l'injonction thérapeutique est préconisée, plus que par conviction de l'efficacité de cette méthode. Effectivement, les détracteurs disent à juste titre qu'on ne peut obliger personne à se soigner!

salut!

Mais comment ça marche pour les délinquants sexuels, dont on dit souvent qu'ils refusent un travail psy en prison pour ne pas être "fichés" par leurs co-détenus? Ne sont-ils jamais soumis à une "injonction thérapeutique"?

Je ne connais rien du sort des délinquants sexuels dans nos maisons d'arrêt. A bon entendeur...

15 mars 2007

Jennifer, bientôt 20 ans.

Entretien hebdomadaire avec Jennifer (non, ce n'est pas son vrai prénom), 19 ans 3/4.
Tout se passe bien: elle répond calmement aux questions, elle écoute à peu près ce que je lui dis, elle reste assise, l'entretien dure 45 minutes.
Mais ses yeux la trahissent, son sourire un peu trop spontané aussi.

Jennifer est coutumière de la consommation de médicaments, de cannabis et/ou d'alcool.
Rapidement, nous nous sommes rendu compte en équipe que les entretiens n'étaient calmes que lorsqu'elle avait consommé. Alors j'ai alterné les entretiens:
- sans produits: impulsivité, voire agressivité au moindre "chatouillement" de ma part, opposition quasi constante, refus de "coopérer", et impossibilité d'aller jusqu'au bout d'une discussion, car elle met fin à l'entretien en se levant, en criant, et en claquant la porte (ou j'y mets fin moi-même, parce que moi aussi j'ai mes limites...)
- avec produits: calme, elle essaie de comprendre, elle s'explique davantage sur ses ressentis, elle supporte de rester dans le bureau plus de 10 minutes...

Après lui avoir relaté ce constat, après des refus de la recevoir tant son état était second, après un long travail d'injonction thérapeutique qui a rapidement échoué, nous avons compris que nous ne pouvions l'aider qu'en composant avec cette part d'elle-même, c'est-à-dire sans la stigmatiser, en l'encourageant dans ses efforts à supporter la vie, en l'accompagnant dans l'avancée de ses quelques projets, si utopiques soient-ils (ex: vivre à Saint Trop' avec un boulot, un mec et un logement).
Et la situation ne s'aggrave pas "éducativement" parlant, même si sa santé commence à se dégrader (gros soucis de concentration, problèmes pulmonaires) et qu'elle se met encore dans des situations de danger occasionnellement (en fait, assez souvent).

Parfois, l'impuissance de l'éducateur le renvoie tout simplement à sa place.

Evidemment, il y a tout un contexte qui n'est pas retranscrit ici.

12 mars 2007

Loi anti-tabac et autonomie


Depuis le premier février, les personnes hébergées au service ne peuvent plus fumer que dehors. L'unique salle collective ex-fumeurs est quasi désertée, et nous ne voyons pas non plus d'attrait soudain pour le plein air.
L'apprentissage de l'adaptabilité aux situations fait "évidemment" partie de l'accompagnement éducatif au quotidien, alors ... elles fument en catimini dans leur studio, bravant l'interdiction, et rusant pour dissimuler mégots et fragrances douteuses.
Alors oui, nous pouvons être fiers de notre travail: autonomie, autonomie!
et peut-être qu'effectivement, on a fait du bon boulot? non?

28 févr. 2007

Premier projet de sortie..avorté?

salut

Pour être tout à fait honnête, les quatre jeunes avec lesquels j'ai travaillé hier ont adoré l'affiche, mais hors de question pour eux d'aller voir ce film..."euh, non moi j'ai un anniversaire!" "ah non, moi je vais à Lille pour une réunion du Parti (!!??)" " et moi ma mère vient en visite." IMPARABLE..mais je n'abandonnerai pas!



Mezimages Hébergement gratuit d'image

27 févr. 2007

Projet de loi contre la délinquance -voir fin de post-

Salut

J'avais prévu de me servir de ce blog pour jeter négligemment tout ce qui m'arriverait sur mon nouveau "terrain-employeur" pour m'aider à faire le tri mais là je dois absolument redéfinir mes priorités, en l'occurence en faisant de vous, Très Cher Public si Intelligent (non mais quel démago!) et tellement adepte de la nouvelle forme royaliste de débat participatif! (oui j'ai 4 comentaires en deux jours!! Je suis en passe de devenir un leader révolutionnaire! -retourne à tes dossiers!!- bon d'accord)

I / Wanda quel drôle de nom! Pourquoi pas libellule ou papillon? Doro on t'a reconnu! c'est pas toi? tant pis!
Non Wanda je ne projette pas d'aller travailler au Québec, terre d'asile des repris de justice politiques (arg..ça m'a échappé) Mais je n'ai toujours pas les infos demandées lors de mon précédent Post: alors à vos mails!! svp, je l'ai promis à des amis..

II / Anonyme: d'abord sache que ton nom, d'un commun!! mériterait que je ne m'adresse même pas à toi..mais bon tes propos de qualité m'y obligent! Mais c'est la dernière fois!
Anonyme sache que je n'ai pas décroché et que je t'ai lu(e?) jusqu'au bout. Tes paroles m'ont fait du bien, mais bon je ne les ai lues qu'en rentrant de cette journée de novi..novici..novicicode (tin c nul!) Tu parles avec beaucoup d'humour de la semi-autonomie, mais je suis plutôt d'accord avec toi dans le fond! Mince c'est ça qui est intéressant! Il me semble aujourd'hui que le fait qu'ils ne s'accrochent pas sans arrêt à nos basques nous donne des temps de préparation intéressants pour construire notre travail autrement que dans l'urgence..à vérifier!!

III / Tarta: c'est pareil on t'a reconnue! hohohoho
Je sais Tarta ton message ne prête pas à rire, et mérite d'être diffusé, parce que bizarrement tout le monde passe à côté, y compris moi.. et pourtant j'essaie de suivre!!
Tarta souhaites-tu devenir la préposée à l'actualité sociale du blog? Ca m'intéresse.

ATTENTION !!!!!!!!

PROJET DE LOI DE LUTTE CONTRE LA DELINQUANCE

Un peu d'actualité...
Adoption définitive de la loi le 22.02.07. C'était surtout l'article 5 qui était remis en cause par les travailleurs sociaux, puisque les maires devront être informés quand une famille sera en difficulté, ainsi que le président du CG (ce qui est déjà le cas actuellement pour ce dernier) Il va donc falloir réfléchir à comment faire respecter cette loi, tout en protégeant nos méthodes d'intervention qui sont à la faveur des familles.
Avec la loi, les maires se voient dotés d'un dispostif plus répressif.

Tu as l'air d'être callée sur le sujet.. les maires.. comment est-ce possible? Informés de quoi? Par qui? Pour quoi faire? STP développe!!

J'ai plus envie de raconter ma journée d'hier, qui me semblait si riche et maintenant..

A plus
Ababakar

25 févr. 2007

J'avance dans le noir aussi moi en ce moment!

Salut

Plusieurs choses aujourd'hui:

I / D'abord je voudrais passer un appel: il y a quelques temps j'ai mis en ligne un post "éduquer au Québec" sans explication. Certains d'entres vous ont Googlé et se sont ensuite rendus compte que le Québec était bien en avance sur nous en matière d'éducation spécialisée. Certains m'ont envoyé une biblio, que je garde précieusement pour le jour où je n'aurai plus ces maudits dossiers de formation à rendre, Tabernac' ! D'autres m'ont envoyé de la documentation de recruteurs québécois que j'ai bêtement jetée.. Please Send it me again. Je fais d'ailleurs un appel à tous ceux qui pourraient m'envoyer des infos pour éduquer au Québec: procédures / formalités / avantages / obstacles etc.. je publierai. Merci d'avance! Et bon Caribou!


Rien à voir, mais je dois tout de même vous raconter que ce blog risque de devenir un dialogue avec moi même vu le taux de fréquentation actuel.. Et quand bien même ça le deviendrai je continuerai à poster dans le vent alors continuez à venir jeter un oeil de temps en temps parfois le vent transporte de jolis parfums..
Beuh trop la honte de dire des trucs pareils lui
! Ta gueule toi!


II / Petit 2: J'ai commencé la semaine dernière à travailler sur un nouveau groupe, après -à vue de nez- 6 mois d'absence de la Maison d'Enfants où je suis toujours apprenti. Nouveau groupe, nouvelle équipe, nouveaux jeunes, nouveau fonctionnement. J'y bosse pour la première fois tout seul demain, toute la journée! Ce sont les vacances qui commencent. Je n'ai fait que 3 journées sur ce groupe pour l'instant, en doublure, et je ne comprends pas encore tout ce qu'on attend de moi. J'ai besoin de faire le point. Ok.
Un constat d'abord: c'est un peu le foutoir pour l'ultra maniaque que je suis, tant au niveau du rangement (et de l'existence) des docs officiels, que du contenu des tiroirs ou de la pratique éducative de l'équipe (et je prends ça à mon compte aussi!!)
D'abord vous devez savoir que le jeunes vivent chacun dans leur studio, en semi-autonomie, donc a priori moins les éducs bossent plus les jeunes sont autonomes. Ahhhaa ouaip..et je suis sûr que certains vont le croire!
Non sérieux que dois-je faire demain..?
Si les jeunes gèrent leur vie, leurs loisirs, tout ça, c'est cool: moi j'ai une tonne de papiers et de dossiers à régulariser; je me débrouille là-dedans pour dégager des plages horaires précises à passer avec eux (repas / coucher) afin que l'on se connaisse mieux, et que je saisisse au passage des demandes, des besoins, et j'aurai bien bossé; en tout cas ce serait un bon début.
Mais s'ils tournent en rond comme les gosses qu'ils sont parfois encore, je fais quoi: de l'occupationnel:
Sortie billard? (tout ce que j'aime!) non je suis farouchement contre: trop facile, pas de sens enfin tout ça quoi.
Rangement studios? (qui en ont vraiment besoin!!!) c'est ça! et là je deviens d'entrée "l'éducateur casse-..!!" qui en plus décide de faire bosser les jeunes car il n'a rien d'autre à leur proposer. La tuile, vraiment!
Sinon je centre la journée sur la sortie "courses" hebdomadaire, sauf que conduire la camion: ok, pas de problème. Mais les distributions de budgets ça va être chaud: Y aura-t-il assez d'argent pour tous? Donne-t-on l'argent à semaine échue ou non? Comment je fais pour ceux qui n'ont toujours pas justifié la semaine précédente? Comment je me débrouille avec ceux pour lesquels la décision a été prise lors d'une réunion jetée par dessus la jambe qu'à "eux on ne donnait plus rien, fini!" ou alors "au jour le jour": Vous auriez envie vous d'aller chaque jour chercher votre bouffe du jour à pied au supermarché qui se trouve à 1/4 d'heure dépenser vos 4,80 euros départementaux! Comment sais-je lesquels sont présents ou non et quand pour distribuer l'argent en fonction des temps de présence? Sur parole?

Bon voilà c'est la panique, et puis ce week end j'ai rien glandé..J'ai avancé sur rien
Mais je suis content d'avoir blogué. J'ai encore d'autres trucs à raconter mais vous avez déjà décroché..A Plus!!

Ababakar

PS: Je reconseille à tous le site des éducateurs spécialisés en formation (lien à droite) qui est devenu bien plus organisé et intéressant qu'il y a quelques mois!!

A bientôt



27 janv. 2007

P'tit con d'fugueur

Salut

Souvenez vous comment vous pouvez les détester ces "p'tits cons d'fugueurs" quand vous ne pouvez pas rentrer chez vous après une dure journée.
Souvenez vous qu'ils ne sont pour vous alors que de la "graine de crapule" et que vous "n'en tirerez rien"
Ensuite écoutez ce qui suit, soyez attentifs aux paroles, et promettez moi d'y repenser à chaque fois qu'un "usager" disparaitra devant vos yeux dans la nuit noire..




15 janv. 2007

L'utilité de l'inutile... ( C'est beau certes, mais aucun mérite ne m'échoit c'est pompé!!

Salut

Je publie au rythme où je veux car c'est mon Blog. No Comment. Il n'empêche qu'en ce moment je reçois des courriers très intéressants d'un éduc qui me mache le travail.. Plus qu'à poster:

(Par contre il est loin d'être sûr que je me fende d'une image!
Mais il ne faut pas que ca vous empêche de lire ce q
ui va suivre, hein? ?? )


Goûtez ce passage tiré du livre "les passions tristes" de Miguel Benasayag et Gérard Schmit (La Découverte)

L'utilité de l'inutile :

Eduquer nos jeunes en ayant recours à la menace est donc une attitude très dangereuse. Dire par exemple : "Si tu ne travailles pas, si tu n'obéis pas, alors il est possible que demain ta vie soit un désastre", est dangereux, précisément parce que nous ne pouvons jamais savoir à quel moment la menace du désastre se transforme pour chacun en promesse du désastre. Cela n'est pas nouveau, c'est précisément la pulsion de mort.

Si les adultes parlent en terme de menace ou de prévention-prédiction, c'est sans doute parce qu'ils pensent que les temps actuels ne sont pas propices au désir, car il faut s'occuper de la survie. Et puis ils se disent qu' "on verra plus tard pour ce qui est de la vie et du désir, quand tout ira mieux". Voilà un piège fatal, car seul un monde de désir, de pensée et de création est capable de développer des liens et de composer la vie afin de produire autre chose que le désastre. Notre société ne fait pas l'apologie du désir, elles fait plutôt l'apologie des envies. Celles-ci sont une sorte d'ombre appauvrie du désir, elles sont tout au plus des désirs formatés, normalisés. Comme le dit Guy Debord dans La société su spectacle, les gens ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils se contentent de désirer ce qu'ils trouvent.

Le grand défi lancé à notre civilisation est donc de développer des noyaux désirants, des pratiques concrètes à même de l'emporter sur les envies individualistes et les menaces qui en découlent. Eduquer au profit de la culture et de la civilisation, cela signifiait -et signifie encore- créer des liens sociaux et des liens de pensée. La menace, elle est iatrogène (oulà ça c’est flippant !!), car elle tend à briser davantage tous les liens qui unissent les personnes. "Armer" les jeunes afin qu'il affrontent le monde qui les attend, ce n'est pas les protéger, c'est au contraire cautionner et développer ce monde dont on prétend les protéger.

Le processus est donc le suivant : plus nous développons la sérialité, plus nous individualisons, plus nous rendons le monde dangereux et plus nous laissons l'urgence, la non-pensée et la tristesse régir nos propres vies. Dans ce monde sérialisé, les jeunes savent mieux que les éducateurs, parents et adultes quelle est la manière la plus efficace de "se protéger et s'armer". Et c'est regrettable car il s'agit d'armes et de forteresses dangereuses, comme le recours à la violence ou à la drogue, l'autosabotage ou la fuite dans la sensorialité.

Non seulement la crise ne nous condamne pas à un utilitarisme forcé sous la menace du pire, mais au contraire la seule issue se trouve du côté du développement de cette profonde et ontologique inutilité de la vie, de la création et de l'amour (euh là bon je suis pas tout à fait d’accord mais bon..). Nous voyons là la possibilité d'ouvrir de nouvelles voies de liens de pensée et de vie qui seraient en accord avec l'anti-utilitarisme propre à la nature humaine et à la vie.


Voilà, et comme promis pas d'image; notez que j'ai supprimé un magnifique passage tiré de la pensée d'un Philosophe chinois qui parlait d'amour et de ..oui si je l'ai retiré ce n'est pas pour en reparler

Et pour finir dans une note de lyrisme engagé: lâchez vos com's!!

10 déc. 2006

Conclusion sur le Quotidien

Salut

Vous n'osiez plus en rêver, la conclusion de la retranscription épique du devoir sur le Quotidien:

A la lumière de ces observations apparaît en premier plan la nécessité de donner du sens à sa pratique. Cependant l’éducateur ne doit pas se contenter de le faire lors des réunions d’équipe, ou lors de l’élaboration du projet individualisé du jeune (ou encore lors de son évaluation). Il doit pouvoir mettre du sens sur son action au quotidien. Nous avons vu que les pratiques institutionnelles qui semblent naturelles (le bisou du soir par exemple) méritent d’être interrogées. L’habitude que présente une manière de faire, qui plus est partagée par l’ensemble de ses collègues, ne prémunit pas la pratique du risque de sortir du champ professionnel. Un cadre constitué de règles de vie figées, définitivement acceptées comme « bonnes » par l’éducateur, peut se dévoiler être un facteur de maltraitance institutionnelle (les douches obligatoires) ; et ce sont alors les usagers qui vont le « payer » au quotidien. L’éducateur ne peut pas non plus se contenter donner du sens à sa pratique du quotidien en s’appuyant sur le projet institutionnel (l’heure du coucher/scolarisation) ; cela signifierait qu’il cesse d’avoir en face de lui un individu, à l’histoire et aux besoins particuliers. Sa mission, dont une des valeurs essentielles reste le respect de la personne, l’oblige à toujours considérer l’usager au centre de son accompagnement. Permettre à chaque jeune d’être acteur de celui-ci, de verbaliser la manière dont il le vit, reste le meilleur moyen d’avoir du recul sur son propre travail. Lorsque l’usager prend la parole, il ne manque pas de toujours interroger l’éducateur sur le sens de ce qu’il lui propose. C’est donc la parole de l’usager qui donne du sens à la pratique de l’éducateur C’est enfin cette parole qui va permettre au jeune de s’affirmer -et d’exister- au sein de son groupe de vie, de l’institution, et plus tard dans la société.


15 nov. 2006

Réaction au Projet de Loi contre la délinquance

Bonjour

Je sais je n'utilise plus beaucoup le blog, mais quand je le fais c'est ESSENTIEL.

Et aujourd'hui il s'agit de mettre en ligne une lettre de réaction au projet de loi concernant la prévention de la délinquance, projet qui va être réexaminé par la Chambre ce mois-ci.

Cette lettre est l'initiative d'un groupe indépendant d'étudiants en formation d'éducateurs qui ont souhaité ne pas rester immobiles devant un projet de loi qui suscite pour le moins un Large Débat.

Ce courrier a été envoyé à plusieurs personnalités politiques, institutions, médias etc.. afin que l'on sache que le champs de l'éducation spécialisé, principalement concerné par le secteur d'activité que voudrait bouleverser cette loi, s'oppose au projet présenté et fait au Politique ses propres propositions, issues des valeurs que véhicule la profession, de son expérience de terrain, et de sa connaissance du public dont il est question!

Donc cliquez sur les liens ci-dessous pour accéder au courrier, lisez-le (3 pages) , et faites le suivre !!

Soyons VISIBLES!

29 oct. 2006

Salut à tous, ca fait un bon bout de temsp que j'ai pas posé ma plume sur ces pages et aujourd'hui me revoilà!! Je met aujourd'hui en ligne mon dernier écrit de Techniques Educatives concernant le cirque et les arts du spectacle circassien. A tous les lecteurs...

Pour ce module de techniques éducatives, j'avais choisi l'activité Arts du cirque. Ce choix s'est imposé à moi de part la nature du stage que j'allais effectuer au mois de septembre à l'IME "la pépinière" à loos, en effet, je souhaitais mettre en place un projet de jonglerie sonore avec les enfants déficients visuels de l'IME, j'ai donc décidé de m'inscrire dans ce groupe afin de pouvoir me renseigner auprès des formateurs sur la façon de mettre cette activité en place avec des enfants polyhandicapés et de parfaire ma (faible) connaissance de la jonglerie et des arts du cirque en général. Je souhaite aussi par la suite m'orienter vers la musique et l'art dans sa globalité comme moyen thérapeutique et la musique faisant partie intégrante du cirque, je me suis dit que ce stage correspondrait à mes attentes.

Ayant été animateur de CLSH et CVL durant cinq année, j'ai eu l'occasion d'apprendre les prémices de la jonglerie et de pouvoir m'y intéresser de façon plus ou moins approfondie, cela dit, j'avais éprouvé des difficultés à apprendre à jongler seul. Lors de cette semaine de formation et plus particulièrement le premier jour, nous avons eu la chance d'avoir un intervenant qui savait comment nous faire comprendre des techniques qui peuvent sembler difficiles lorsque nous les voyons directement réalisées par une personne passée maître dans l'art.
J'ai donc pu me rendre compte de l'intérêt de la pédagogie dans l'explicitation d'un énoncé, d'une façon de faire ou d'une technique. Nous avons pu au cours de la semaine aborder différentes techniques du cirque telles que la jonglerie (avec des balles, des massues, des foulards, assiettes chinoises, diabolo et anneaux) l'équilibrisme (rouleau américain, fil, balle pour marcher), l'acrobatie (mât chinois, tissus chinois, trapèze de différentes tailles) et nous avons pu aussi nous essayer au monocycle.
Nous avons aussi pu mettre tous ces apprentissages en pratique lors d'un mini spectacle improvisé pour des enfants présents sur le site en même temps que nous, nous avons donc mis en relation la jonglerie et l'équilibrisme, la souplesse des uns avec l'agilité des autres.


Je suis actuellement en stage à l'IME "la Pépinière" à Loos, avec des enfants déficients visuels et polyhandicapés, mon projet pour ce stage est de les emmener à l'école du cirque afin de les familiariser avec le matériel utilisé et de pouvoir mieux comprendre les techniques de création d'un spectacle. Je travaille actuellement avec du matériel adapté, à savoir des balles de jonglages sonores qui permettent à ces enfants de savoir ou se trouve une balle dans un mouvement de jonglerie, en effet la jonglerie n'est pas uniquement visuelle mais elle est aussi sonore comme le cirque en général. Je travaille aussi sur l'adaptation d'un conte musical créé par les Ogres de Barback "la pittoresque histoire de Pitt Ocha" et mis en musique par un collectif de groupe de la nouvelle scène française. J'ai ainsi adapté le texte de l'histoire (cf. annexes) en le raccourcissant et en y intégrant les enfants pour qu'il puissent jouer eux aussi avec la musique.
J'ai aussi en cours pour ce projet un apprentissage de la jonglerie sonore en leur faisant reproduire des sons que l'un ou l'autre d'eux auront faits en premier.

Le cirque me semble un bon support à l'accompagnement psychomoteur pour les enfants, en effet le fait de jongler leur apprend la décomposition des mouvements, la coordination et le positionnement dans l'espace; l'équilibrisme et les acrobaties leur permettent de se rendre compte de la place qu'occupe leur corps dans l'espace, de se familiariser avec leur corps et d'être plus a l'aise, cela permet aussi de travailler la condition physique et leur fait faire du sport en passant par le plaisir.
Le cirque peut aussi permettre une socialisation puisqu'il s'agit d'une notion de groupe, en effet le cirque ne se fait pas seul mais en réponse à un stimulus émit par une autre personne, il s'agit là d'un jeu de "questions-réponses" entre protagonistes et donc la socialisation est importante et la notion de groupe indispensable. Permettre un rapprochement des éléments du groupe passe aussi par le fait de se tenir informé de la progression de chacun dans chacun des arts du cirque, demander de l'aide à l'un ou l'autre pour s'améliorer ce qui permet un renforcement des liens dans le groupe.


"Nous étions de tous les pays et ne formions qu'un seul peuple, nous étions de toutes les religions et n'avions qu'une seule foi. Puissent les jeunes apprendre à connaître le cirque et à lui redonner la place qu'il mérite."
Jérôme MEDRANO 1907-1998
Fondateur et Clown du cirque Medrano

27 avr. 2006

Le quotidien / Le repas / ca se passe comme ça chez..non non pas de pas de pub sur ce blog!

Salut!!

Bon sang ça faisait longtemps.. J'ai cru que le blog était mort.. Faut dire que mon co-administrateur ne m'a pas beaucoup soutenu (tiens mange ds tes dents..ahahaha ) Pour les news j'ai fini mon lonnnnng stage à l'IMPro et je suis revenu depuis 2 semaines sur mon lieu d'apprentissage, une MECS (je rappelle!). Et c'est un peu Apocalypse Now, les jeunes font voler leur projet en éclats, je tape des journées 9h-24h (oui bon une seule, mais il n'est pas rare que je finisse à cette heure là quand même) En tout cas c'est passionnant..il se passe plein de choses, il y a plein de travail à faire, et donc plein de trucs à raconter: trop de trucs en fait.;et puis en rentrant j'ai un peu envie de décrocher..c'est peut-être pour ça que les éducs ne communiquent pas beaucoup sur leur boulot..je relève le pari! Et en attendant je cède à la facilité en vous "copiant-collant" la quasi-fin de l'écrit sur "le quotidien", parce que quand on commence quelquechose et bien on va JUSQU'AU BOUT!! (ça c'est un traumatisme de mon passage à l'IMPro..c'est rien ça va passer..j'espère..)

Le projet d’établissement, différent d’une structure à l’autre, et selon le public accueilli, induit un accompagnement éducatif des moments du quotidien qui va varier selon l’institution. Les premiers repas que j’ai pris avec les jeunes déficients mentaux de l’I.M.Pro. m’ont, par exemple, réellement interpellé. Le calme et le silence presque absolu des usagers -au milieu d’une journée rythmée par leur fréquentation des divers ateliers de l’établissement- me semblait contradictoire avec ce moment de détente et de relâchement que représente pour moi le repas. J’avais l’impression, lors de mes premières semaines de stage, que les éducateurs ne remplissaient alors pas leur fonction, dans le sens où la convivialité du moment et la discussion avec les jeunes ne paraissaient pas être leur principale préoccupation. Je trouvais ce fait assez surprenant, car mon habitude des repas pris en M.E.C.S m’avait habitué à devoir contenir la parole des jeunes plutôt qu’à la faire naître ! En M.E.C.S., le repas est un moment particulier car il est une des rares occasions pour le groupe d’être réuni au complet. Cette situation permet de voir s’exprimer la nature des relations entre les jeunes, les conflits et les tensions sous-jacentes. C’est l’espace privilégié de la parole, le moment où les difficultés (et les sentiments des jeunes) peuvent être verbalisés. La discussion est alors prépondérante, car nécessaire aux bonnes relations entre les jeunes ; elle est de ce fait essentielle pour qu’il y ait une bonne ambiance au sein de leur cadre de vie. Reconnaissant le caractère indispensable de l’espace de parole qu’offre un repas partagé avec les jeunes, comment expliquer que cette place semble si peu importante durant le déjeuner des jeunes de l’I.M.Pro ? Je n’ai trouvé qu’une explication à cette observation, et elle tient à la différence des publics concernés. Les jeunes de l’I.M.Pro. présentent des déficiences mentales légères, moyennes, et graves. L’accompagnement des éducateurs durant le repas peut consister à leur permettre d’acquérir soit des techniques de base -tenir ses couverts, couper ses aliments, se servir soi-même sa boisson- soit un comportement social adapté –ne pas crier, ne pas chahuter, ne pas éructer !-. Il faut aussi comprendre que l’ambiance relativement silencieuse de ce moment est essentielle pour les jeunes qui sont en plein apprentissage des techniques que nous avons citées précédemment, tant il est vrai que celui-ci leur demande une concentration et une attention complète. On voit bien, avec cet exemple, que l’accompagnement du quotidien dépend du choix des priorités éducatives que l’on veut travailler avec le public accueilli dans une institution donnée.

4 avr. 2006

La Toilette (part 2) / Ou la reconstruction du quotidien

Salut!!

Allez, je me fends d'une intro pour signaler que je ne sais plus moi même quelle est la part de vérité et la part romancée de ce qui va suivre..si tout était aussi simple ça se saurait!



Ce recul que nous avons pris sur notre pratique n’a cependant pas résolu tous les problèmes que nous rencontrions pour que ce moment se passe sans difficulté pour tous. La douche et le bain, moments que nous aurions souhaités être des instants de détente pour les jeunes, n’ont pas cessé d’être vécus par eux comme une contrainte. Nous étions toujours obligés de rappeler à chacun, plusieurs fois par soirée, de « bien vouloir aller se doucher ». C’est une autre réunion d’équipe qui a mis au jour quelque chose d’essentiel. Dans la manière dont nous racontions les diverses situations quotidiennes que nous vivions, les jeunes se trouvaient « d’un côté », et les éducateurs « de l’autre ». Nous n’avions rien changé au cadre de notre accompagnement, alors que les jeunes du groupe, eux, n’étaient plus les mêmes. Leur cadre de vie était donc un cadre contraignant, qui ne leur correspondait pas. Ces adolescents, que nous avions du mal à « cadrer », et qui nous posaient tant de problèmes que nous en parlions comme autant d’ « adversaires », puisque nous nous situions dans des « camps » différents, pourquoi ne pas leur proposer les outils de la réconciliation. Nous leur avons donc proposé de tenir ensemble chaque semaine une réunion de groupe, dans laquelle nous pourrions parler de tout ce qu’ils vivaient dans celui-ci. C’est dans ces réunions, après avoir évoquer plusieurs point de désaccord avec le règlement général du groupe, qu’ils ont pu, entre autre, participer à l’élaboration du nouveau règlement intérieur. Il ne s’agissait pas bien sûr de leur laisser la possibilité de régler leur vie comme ils l’entendaient, mais bien de réfléchir ensemble à la meilleure manière de vivre ensemble. Les jeunes se sont d’ailleurs très impliqués dans leur travail et ont su se montrer raisonnables, au fur et à mesure que le cadre qui réglait leur vie a pris un sens. C’est effectivement ce qu’a permis ce travail avec eux. Les jeunes ne cessaient jamais d’interroger le sens des règles que nous leur proposions, ce que nous avions tant de mal à faire nous même. Quel meilleur moyen, pour prendre en compte l’individu au sein d’un collectif, que de lui donner la parole ?

28 mars 2006

La Toilette / l'école / les douches "collectives" !

Euh..je note ici, pour vous, la présence d'un nouveau lien (dans la colonne "liens"..) dirigeant vers le blog d'une éduc, Catherine, publiée ce mois-ci dans "Lien social", un blog à vue de nez bougrement digne d'intérêt..

Salut!

Bon comme vous vous en apercevez je suis un jusqu'au-boutiste, alors quand je promets que vous aurez l'ensemble de mon devoir portant autour d'une réflexion sur le quotidien, je jure que ce sera une promesse tenue (même si pour moi le copié/collé c'est pas très motivant!) Voici donc la suite, qui porte sur la toilette; or Attention! Après lecture il vous sera désormais impossible de dire "se laver une fois par jour c'est bien, mais deux c'est encore mieux!" Oui mes inros sont de plus en plus pourries, et alors? la suite est mieux, attardez vous..


Sur le groupe dans lequel je travaille en tant qu’apprenti, en M.E.C.S, le moment de la toilette est, comme le coucher, régi par un certains nombre de règles. Celles-ci préexistaient à l’arrivée dans l’Institution des jeunes qui sont aujourd’hui soumis à ces règles. D’après les éducateurs qui travaillent depuis longtemps sur le groupe, ces règles semblent avoir toujours été les mêmes. 1.Le jeune doit se laver deux fois par jour, le matin de la manière dont il l’entend (douche ou lavabo), et le soir par une douche (ou un bain) obligatoire. 2.Les jeunes âgés de moins de quinze ans doivent se doucher avant le dîner, ceux qui ont plus de quinze ans se lavent au choix avant ou après le repas. Le cadre est posé, il est simple et doit fonctionner puisqu’il en a toujours été ainsi. Dans les faits le nombre de problèmes qu’il pose - et le nombre de questions qu’il ne règle pas- est impressionnant. Les jeunes du groupe, qui ne compte aujourd’hui que des usagers arrivés nouvellement dans l’institution, l’ont vécu comme très contraignant et parfois vide de sens. Quel est d’ailleurs le sens du cadre qui régit ce moment de la vie quotidienne ? En collectivité, il semble important que chaque jeune se lave complètement une fois par jour minimum. On explique ainsi la douche vespérale (du soir!!) obligatoire. Cela a-t-il encore un sens lorsque la pratique observée d’un jeune ne laisse pas de doute possible sur le fait qu’il prend systématiquement une douche le matin ? Pourquoi refuser à ce jeune de se laver au lavabo le soir ? Je pense à un autre jeune, d’une dizaine d’années, qui a fait un passage de quelques mois dans l’institution. Parvenir à lui faire prendre sa douche du soir était un vrai combat quotidien, et la source de crises très violentes de sa part. Il nous aura fallu deux mois pour comprendre que son refus de prendre une douche n’était pas le signe d’une contestation de notre autorité, comme d’autres actes qu’il pouvait poser au quotidien, mais l’expression d’une véritable angoisse sur le fait de devoir se laver dans des douches séparées certes, mais dans une salle de bain collective. C’est bien cet espace collectif qui était pour lui insécurisant, car dès lors que nous avons accepté qu’il « prenne un lavabo » le soir, il se présentait plus facilement à l’heure -et lavé- pour le repas. La situation des deux jeunes que nous venons d’évoquer nous oblige à nous poser la question du respect de l’individu au sein d’une organisation collective. C’est ce questionnement, à partir de toutes les difficultés que nous rencontrions pour accompagner les jeunes autour de ce moment du quotidien, qui a fait l’objet d’une réunion d’équipe. Cette première réunion nous a permis de prendre du recul par rapport à la maltraitance institutionnelle qui pouvait naître d’un fonctionnement qui ne tient pas compte du sujet dans son individualité, et qui ne tolère donc pas l’exception. Une autre pratique est donc née, qui nous permettait malgré un cadre inchangé, de tolérer que certains jeunes passent outre ce cadre, s’ils respectaient certaines conditions. Ceci n’a pu être possible qu’en réfléchissant au sens des règles qui fixaient la manière dont se déroulait la toilette du soir.
Et le retour des petites citations tirées au hasard de Graine de Crapule :
Mieux vaudrait peut-être avoir auprès des enfants malheureux de vieux bagnards parés du titre d'éducateur que certaines âmes de bonnes volonté. Car si les uns peuvent dégouter du vice, les autres dégoûtent de la vie honnête.

20 mars 2006

Le Quotidien / Le coucher / The nightmare part2



Salut!

Voilà la suite sur "le coucher", toujours sortie d'un devoir rendu sur le quotidien; un exemple concret, en M.E.C.S., d'une réflexion sur une pratique éducative institutionnelle:

Je souhaite également faire part d’une réflexion, qui a eu lieu en équipe, sur une de ces pratiques des éducateurs qui ne semblait pas avoir besoin d’être interrogée, puisque tous la partageaient. Un quart d’heure avant leur départ, à 22h30 dans le meilleur des cas, tous -y compris moi-même- prenions le temps d’aller dire bonne nuit à chaque jeune dans sa chambre. Ceci nous semblait important dans le sens où, après des soirées épuisantes à devoir faire de la surveillance et de la discipline, ce moment était l’occasion privilégiée pour être dans une relation individuelle avec chaque usager. Ces instants étaient essentiels pour nous car ils nous permettaient de quitter les jeunes dans de « bonnes » conditions ; le simple fait de leur souhaiter une bonne nuit leur indiquant que les disputes qui avaient pu précéder ne faisaient pas de nous des « ennemis aux intentions malveillantes ». Cependant il ne s’agissait pas uniquement de dire « bonne nuit », mais aussi de serrer la main des garçons et de faire la bise aux filles (ce qui est la pratique générale des éducateurs pour dire bonjour et au revoir aux jeunes de l’établissement). Or cette pratique a fait l’objet d’une réflexion dans un autre groupe, qui était aussi concerné par celle-ci, le groupe des petits, qui accueille les enfants âgés de quatre à dix ans. Les éducateurs, après l’arrivée de nouveaux jeunes dans leur groupe, avaient observé que le « bisou du soir » énervait ceux-ci. Ils s’étaient étonnés que ces enfants puissent alors avoir des comportements érotiques. L’enfant les prenaient dans leurs bras et il était arrivé que l’un deux exécute des frottements masturbatoires. De cet étonnement a émergé l’idée qu’embrasser un jeune dans son lit le soir n’était pas interprété -ou vécu- de la même façon par le jeune et par l’éducateur. Ce constat, soulevé en séminaire clinique, c’est à dire lors d’une réunion qui réunit l’ensemble des éducateurs de la Maison d’Enfants, ainsi que les chefs de service et les psychologues, a rappelé à tous que la chambre était un espace privé, et que la problématique souvent sexuelle du public que nous accueillions pouvait nous laisser penser, a priori, que cet espace avait pu être violé auparavant. Il fallait donc leur restituer cet espace en cessant ces pratiques. La plupart des éducateurs continuaient cependant à défendre cette pratique en argumentant sur le fait qu’elle traduisait une demande de la part des jeunes, qui pouvaient s’expliquer par les carences affectives dont ils avaient été « victimes ». En outre, comment expliquer aux jeunes que l’on n’irait plus le soir leur souhaiter « bonne nuit » dans leur chambre ? Au terme de cette réunion, chacun s’est engagé à essayer, dans son groupe, à ne plus dire « bonne nuit » aux jeunes dans leur chambre, mais éventuellement dans les pièces collectives. Dans les faits, ceci n’a nulle part posé de difficulté de la part des jeunes. Il a suffi aux éducateurs de leur signifier verbalement que désormais ils leur diraient « bonne nuit » en dehors de leur chambre, ce qui n’a soulevé aucune objection de la part des jeunes. Les éducateurs se sont alors aperçus que cette pratique n’était pas l’expression d’un besoin des jeunes, mais plutôt celle des éducateurs, et l’expression de leur affection plutôt que celle de leur professionnalisme. C’est évidemment un constat très difficile à accepter, d’autant plus que cette pratique était partagée par l’ensemble des éducateurs, et n’avait de ce fait jamais été remise en question. Cet exemple montre bien la nécessité pour l’éducateur de toujours s’interroger sur sa pratique, et de lui donner du sens en prenant en compte sa mission et le respect de l’usager. S’il est vrai que les éducateurs ne disent plus « bonne nuit » aux jeunes dans leur chambre, la pratique qui consiste à leur dire « bonjour » et « au revoir » en leur serrant la main, ou en leur faisant la bise -qui a parcouru les débats lors la discussion que nous venons d’évoquer- semble oir été laissée de côté. Cela montre à quel point il est difficile de remettre en question une pratique quotidienne qui s’inscrit dans les habitudes institutionnelles.

18 mars 2006

Le Quotidien / Le coucher / The nightmare

Salut!!

Ca y est la formation me laisse un peu de répit..pour combien de temps? En attendant voici une réflexion sur les rapports entre le cadre et la maltraitance institutionnelle..


Dans la M.E.C.S. où je suis apprenti, le coucher est un moment particulièrement redouté par les éducateurs. Quelle que soit la manière dont s’est passée la journée, une tension est systématiquement palpable autour de 22h. Il faut savoir que deux règles importantes régissent ce moment. La première : en semaine, les jeunes qui ont moins de quinze ans doivent être couchés à 21h30. Ceux qui ont plus de quinze ans doivent l’être à 22h. La deuxième : Lors du départ de l’éducateur, à 22h30, les lumières des chambres doivent être éteintes et les jeunes ne doivent pas en sortir.
Le première règle n’est pas vide de sens : elle exprime la nécessité, pour les usagers les plus jeunes, d’avoir un sommeil d’une durée plus longue. Cette règle est institutionnelle. Elle régit la manière dont doivent se dérouler les couchers dans l’ensemble des groupes de l’Institution (en tout cas ceux qui accueillent un public de la même tranche d’âge, les 13-18 ans). C’est donc une règle qui s’impose à l’éducateur, et au groupe, indépendamment de leurs volontés. Il semble cependant que les éducateurs l’utilisent aussi car elle leur fournit un outil intéressant pour organiser le coucher. Il sera pour eux en effet a priori plus simple ne pas devoir envoyer tous les jeunes se coucher au même moment. En cas de difficultés posées par l’un d’eux, l’éducateur n’a pas à gérer l « effet groupe », et peut se pencher sur les difficultés réelles du jeune qui ne veut pas rejoindre sa chambre.
La deuxième règle n’est pas l’expression d’une intention éducative, mais une nécessité due au fonctionnement de l’institution. Les nuits sont assurées par un veilleur de nuit qui travaille parfois en doublure, mais le plus souvent seul, pour encadrer l’ensemble des groupes. Ceci représente en semaine une cinquantaine de jeunes, et cinq bâtiments différents. Les difficultés qu’ont pu connaître les veilleurs durant leurs nuits il y a quelques années (et les cadres de permanence) expliquent l’importance qu’attache l’institution à ce que les jeunes ne se déplacent plus après le départ des éducateurs.
Les deux règles que nous venons d’évoquer, si elles ne sont pas vides de sens et peuvent s’expliquer, laissent-elles la place à l’écoute éducative de la problématique de l’usager ? Comment celles-ci sont-elles expliquées à -et entendues par- l’usager ?
Il faut d’abord rappeler que ces deux règles ont été fixées en fonction du projet de l’établissement, un internat, qui établit que les jeunes doivent être scolarisés. L’heure du coucher ne prend son sens, vis-à-vis des usagers, que parce que ceux-ci devront se lever le lendemain pour aller à l’école. Or, la scolarisation d’un jeune n’est pas quelque chose de simple et d’acquis lorsque celui-ci entre en Institution. La M.E.C.S. est en effet agrémentée pour accueillir des jeunes placés par la Protection de l’Enfance. Les usagers sont donc, pour la plupart, placés car ils ont été victime de maltraitance physique, sexuelle, ou de carences affectives et éducatives importantes. Ils peuvent être méfiants vis-à- vis de l’adulte, dans un sentiment d’insécurité et d’anxiété permanent. Ils ont pour la plupart été déplacés de familles d’accueil en foyers d’hébergement et n’ont « posé leurs bagages » nulle part. Supposer alors que la scolarisation d’un jeune qui entre dans l’institution est un acquis, signifie que l’on passe outre ses besoins essentiels, sa demande de sécurisation, et d’un lieu qu’il puisse enfin considérer comme le sien. Aujourd’hui, la moitié des jeunes du groupe sur lequel je travaille n’est plus scolarisée, et nous privilégions un accompagnement qui leur permette de s’installer dans l’établissement. Nous nous heurtons chaque soir encore à cette règle institutionnelle qui fixe l’heure du coucher.
Cette règle perd aussi son sens dès lors que l’on tient compte de la problématique de certains usagers, pour lesquels le coucher est un moment extrêmement anxiogène. Il faut garder à l’esprit que la chambre, et le lit, sont des espaces dans lesquels les jeunes placés ont pu connaître des moments très difficiles. Le coucher est aussi le moment de la journée où le jeune va se retrouver face à soi-même, à son histoire, et pendant lequel tous ses problèmes vont se réveiller dans sa pensée. On voit bien alors qu’une règle qui fixe une heure de coucher qui ne tient pas compte de ces données peut être synonyme de maltraitance institutionnelle, si elle est appliquée à tout prix. La seule solution, pour les éducateurs, consiste alors à cumuler les heures supplémentaires, en attendant que le fonctionnement soit réfléchi en équipe, avec le chef de service. Pourquoi ne pas éventuellement mettre en place un système de veillées qui permette de respecter le rythme de l’usager ?

7 mars 2006

Introduction / Le Poids de l'Institution, le Choc des groupes

Salut!

Désolé les écrits de la formation ont complètement bloqué mes deux dernières semaines. L'un deux était intitulé : Le Quotidien. Ca tombe bien c'est le sujet de ce Blog..
(Il faut savoir que j'ai écrit ce truc en un week-end, alors je n'ai pas de recul par rapport au propos; commentaires bienvenus!)

Le quotidien est l’espace et le temps du travail de l’éducateur. C’est aussi l’espace et le temps de vie de l’usager. L’encadrant et le(s) jeune(s) s’y rencontrent dans une perspective différente. Pour l’un c’est le moment privilégié pour observer le jeune, tant la façon qu’a celui-ci de vivre les différents temps du quotidien peut être chargée de sens. Pour l’autre, les grandes étapes du quotidien que sont le lever, le repas, la toilette, le coucher, qui a priori sont des moments naturels de la vie, peuvent se révéler comme autant d’épreuves à traverser. On peut noter deux raisons à ceci.
La première : si un coucher, chez soi, s’inscrit dans la normalité, rejoindre sa chambre dans un internat rappelle au contraire que l’on ne vit pas auprès des siens. Chaque étape de la progression d’une journée rappelle à l’usager qu’il n’est pas chez lui. C’est alors son histoire, et sa problématique, qui lui est renvoyée.
La deuxième : c’est la notion de groupe. Nous parlions du quotidien de l’éducateur, et de celui de l’usager, c’est oublier que la rencontre de ceux-ci se fait généralement au sein du groupe (c’est toutefois le cas des structures que je vais évoquer dans la suite de cet écrit). La collectivité est le troisième intervenant dans la relation éducateur-usager que ces derniers entretiennent au quotidien. C’est cette triple relation dans l’organisation du quotidien qui donne le contexte de l’intervention éducative. Quelle est alors la marge d’action qui permet à l’éducateur d’intervenir auprès d’individus, tout en permettant une vie collective? En effet, l’éducateur peut être soumis, dans son accompagnement, à une double contrainte :
La première est institutionnelle : l’établissement dans lequel il travaille oriente son action. On peut penser bien sûr au projet institutionnel, qui fixe des objectifs éducatifs généraux qui orientent l’accompagnement au quotidien. La structure fixe par ailleurs des règles générales de fonctionnement dans lesquelles toute liberté d’organisation n’est pas possible. Il existe ensuite au sein de chaque structure des pratiques éducatives particulières, qui sont assimilées par l’éducateur qui rejoint l’établissement. Celles-ci sont souvent l’expression de l’histoire de l’institution, et leur sens demande parfois à être repensé.
La deuxième contrainte est celle qu’exerce sur l’éducateur l’obligation d’encadrer un groupe. Ceci induit que l’accompagnement qu’il va proposer aux usagers devra prendre en compte plusieurs sujets. L’intérêt de l’usager risque de souvent se heurter à celui des autres. L’éducateur doit réfléchir à la manière dont seront élaboré le cadre et les règles nécessaires au bon fonctionnement d’une vie en collectivité. Il doit par ailleurs penser à la place du sujet au sein de règles qui s’adressent à un groupe.
Ce sont ces deux contraintes qui m’ont marqué au sein des deux structures dans lesquelles j’ai eu l’occasion d’exercer : à savoir dans une M.E.C.S.[1]en tant qu’apprenti, et dans un I.M.Pro[2]. en tant que stagiaire. Nous allons voir comment ces contraintes s’expriment, très concrètement, au sein de celles-ci, afin de réfléchir sur l’accompagnement que les éducateurs proposent aux usagers. Nous évoquerons d’abord le coucher, puis la toilette, en M.E.C.S, pour finalement comparer le moment du repas en MECS et en I.M.Pro.

[1] M.E.C.S : Maison d’Enfants à Caractère Social
[2] I.M.Pro. : Institut Médico-Professionnel