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19 janv. 2010

Départ n° 18 : Samuel

Salut'

Nous avons accueilli Samuel il y a moins d'un an. Jeune homme âgé de 17 ans, il était victime au domicile familial de violence physique et psychologique, dans un climat d'alcoolisation notoire de M. & Mme.

Samuel rejoint donc le service, après un rapide passage en foyer public.

Les liens sont maintenus avec la famille via des visites médiatisées organisées par notre service de soutien à la parentalité.

Samuel , qui n'est plus scolarisé, a entamé une formation, via la Mission Locale, avec une association d'insertion qui intervient dans le domaine horticole et floral.

Lors d'un stage, Samuel rencontre un homme auquel il s'attache amoureusement.

L'homme, marié, 2 enfants, a lui aussi un passé en institution. Sa rencontre avec Samuel l'amène à tout bouleverser dans sa vie. Il quitte sa femme, change 10 fois de travail, fais l'objet de plusieurs hospitalisations, et s'exile en Belgique.

De son côté, Samuel a su nous affirmer et assumer son homosexualité. Les autres jeunes du service l'ont d'abord regardé un peu de travers (attendant notre réaction?) puis ont oublié cette "différence".

Sa "formation" achevée, nous avons trouvé un petit job, CDD à mi-temps à Samuel, dans lequel il s'est investi sérieusement.

Au milieu de tout ça, un évènement dramatique, le décès de Mme, accompagné du rejet de monsieur, qui rend Samuel responsable de l'alcoolisation de sa mère.

Samuel se rattache corps et âmes à sa relation avec l'exilé de Belgique ; un jour il ne rentre pas de week-end et demeure injoignable pendant 15 jours.

Samuel est majeur depuis longtemps, et c'est la 3ème fois qu'il agit ainsi.

Son départ est acté par notre chef de service et son référent ASE, qui sonnent l'arrêt de la prise en charge.

A plus

Epilogue :

Le week end dernier, un appel de l'exilé : il a quitté Samuel et le renvoie dans ses pénates par le premier train. Mr n'est pas très chaud pour l'accueillir, mais accepte très provisoirement. Samuel "apprend" qu'il a perdu son travail, n'ayant jamais re-contacté son patron.

28 sept. 2009

La patate chaude

Salut'

Cette semaine, avec un peu de retard, j'ai envie de vous parler de l'accueil en urgence d'une jeune mineure : le quasi-quotidien des éducateurs qui travaillent en internat dans la Protection de l'Enfance.

Oui sauf que moi je travaille à l'intérieur d'une M.E.C.S. (maison d'enfants à caractère social pour les ignares), qui est donc un établissement privé. Et il faut différencier les M.E.C.S -privées donc- des structures publiques, en cela que ces dernières sont missionnées pour de tels accueils, qu'elles ne peuvent refuser.

Nous, en M.E.C.S, on tente de plus en plus de faire les malins. Notre statut privé nous permet de définir nous même notre "projet éducatif institutionnel". Et là, Bingo! Il n'est pas dit du tout que les accueils d'urgence soient compatibles avec ce projet ? Nos responsables ont même tout intérêt à ce que ce soit l'exact contraire! Pourquoi ? Parce que ça met la structure à l'abri du phénomène de "la patate chaude" : l'incasable qui détruit les structures et leurs équipes les unes derrière les autres et qu'on se refile sans que personne ne puisse s'y opposer, le vendredi soir en "Accueil d'Urgence".

Voilà pourquoi moi, en M.E.C.S., dans un établissement qui revendique haut et fort la mise en place de procédures d'admission pour "définir au mieux l'orientation et le pré-projet d'accompagnement du jeune" via un sas d'épuration sanitaire anti-patate, voilà pourquoi l'accueil d'urgence d'une jeune mineure est un évènement majeur !

Et surtout quand on travaille essentiellement dans le cadre d'"Accueils Povisoires de Jeunes Majeurs".

Là je me rends bien compte que mon introduction était bien trop longue, et que personne au monde ne lira plus loin, m'enfin! Sait-on-jamais !

Alors voilà mercredi dernier nous apprenons en équipe l'accueil "en urgence" (comprenez "à l'arrache") de la jeune Astrid 17 ans, qui se programme dès lors le lendemain soir. Point. Pas d'histoire. Pas de parcours. Pas de problématique. Pas de compte-rendu de situation. Pas de photo. Un studio de libre? Et c'est parti, faites votre boulot d'éduc.

Ok ok, bonjour mademoiselle, voilà voilà ta chambre. Ca te plait. ce soir c'est nous qui te faisons à manger, on va t'explqiuer un peu la vie ici. Fais pas trop de bruit on ne t'avait pas vraiment prévu, et aujourd'hui c'est "club-cuisine". Mordious! Je suis débordé!
Bon ça c'est l'accueil tel que je l'imagine, parce qu'en vrai j'étais tranquillement chez moi, heureux que ça ne me tombe pas dessus! (c'est bête, je sais, parce qu'en plus c'est super essentiel et important un accueil, mais bon la peur de l'inconnu, le danger, la paresse tout ça..)

Non moi ce qui me tombe dessus c'est la convocation à l'audience devant le Juge des Enfants. Convocation que je découvre le lendemain matin, 1h30 avant ladite audience, entre le café et.. le café !

Purée ça fait bien 2 ans que j'ai pas mis les pieds dans un tribunal, en tout cas dans le bureau d'un juge pour enfants qui s'apprête à placer un gosse. Je n'ai aucune idée de mon rôle à cette audience.. si ! "taxi" ça me parait évident, ; "garde du corps" aussi (le père maltraitant attend certainement sa fille dans le tunnel obscur et non-surveillé qui conduit à l'ascenseur étroit qui conduit au tribunal qui conduit au cauchemard des éducs : la confrontation à la justice..)

Ah.. un ptit mot sur un post-it de la part de ma collègue de la veille. Le chef dit de dire au référent social, qui est encore moins au courant que moi de la situation, qu'il faut demander un éloignement loin de chez nous, rapport à la violence paternelle.

Ce serait pas plutôt rapport aussi à la patate chaude qu'on ne connait pas et qu'on verrait bien frire ailleurs, non?


Ababakar

PS : Ah oui je n'ai pas particulièrement envie d'en faire un post mais je consigne à ma propre intention la fin de prise en charge de Carlos majeur le même jour, et recueilli par ses grands-parents avec moins que le minimum de chaleur syndicale.

26 août 2009

Départ n17 : Antoine


Salut!

Je reprends la route du blog bien que je sois toujours en vacances pour consigner ici le départ d'Antoine, un jeune en mal-être ++ (ça y est je reparle "éduc", ça ne vous lâche pas comme ça), dont vous avez déjà pu suivre les aventures dans la rubrique "l'évènement de la semaine)

Suite à une sérieuse tentative de suicide il y a quelques mois, la référente sociale d'Antoine avait dans la foulée valider son projet de départ dans le Sud de la France auquel il s'accrochait comme il se cramponnait désormais à la vie.

Proposition fut faite de faire le lien avec le Conseil Général d'un département sudiste.

M'enfin.. à part cet accord de principe.. la lourdeur de l'administration.. les congés.. la situation d'urgence écartée et la peur oubliée.. la situation s'est enlisée, semaine après semaine.

En utilisant notre "petite parcelle de pouvoir", nous nous sommes déménés pour qu'Antoine puisse au moins partir quelques temps en vacances là-bas, avec en point de chute une gentille (??) tante difficile à joindre.. mais plutôt partante pour l'expérience..


Notons qu'un belle avance d'argent a été faite à Antoine pour financer ce séjour.


Antoine est parti un mois. Et il n'est pas rentré.

Il aurait réussi à obtenir un APJM là-bas, dixit lui-même.
Il a laissé toutes ses affaires ici. Voilà ce que m'a appris ma collèque par tel il y a quelques jours.

J'ai croisé son copain Jérôme en ville hier. Antoine lui a dit qu'il ne remontait pas dans le Nord car nous ne lui avions pas donné l'argent du retour. Bizarre.

26 juil. 2009

Départ N°16 : Yolande


Salut'

Elle est partie depuis un mois déjà, Yolande, et je n'ai pas encore pris le temps de parler d'elle.

Yolande vivait déjà depuis 5-6 ans sur une "unité de vie collective"de ma structure , avec d'autres "10-18" ans, lorsqu'elle a été accueillie sur notre "unité de vie semi-collective".

Au terme de ces 5-6 années, et à l'approche de sa majorité, il semble que ses éducateurs aient pensé qu'il était temps que Yolande tente une nouvelle aventure, en quittant la place sécurisante et cocoonée qu'elle s'était créée à force de patience, de ruse et de caractère.

Yolande est restée un an sur mon groupe. Ce qui a eu le mérite de la bousculer dans un fonctionnement bien établi. Il y a certainement des tas de chose à dire sur elle, sur son évolution et les différentes phases que nous l'avons vue traverser. Pourquoi n'ai-je alors pas envie d'en disserter?

J'ai beau réfléchir, je ne trouve pas de réponse. Peut-être parce que je ne me pose pas de question.


Hum, en vrac : 2 tentatives de collocation compliquées, la découverte des matchs de volley-ball du samedi soir, des relations familiales en dents de scie , un parcours scolaire construit et investi, un positionnement plus adulte et "posé" dans sa relation aux éducateurs, à ses collègues de stage, aux enfants encadrés lors de ses stages BAFA.

Yolande est partie dans de "bonnes conditions", c'est à dire de son propre choix réfléchi avec nous et sa référente sociale, avec des envies et des projets en tête. Tout ce qu'on peut souhaiter!

Et j'attends de ses nouvelles.

A bientôt


11 juil. 2009

Départ N°15 : Patricia

Salut'

Un petit Post pour évoquer le passage dans mon service d'une jeune majeure de 18 ans à peine, Patricia, arrivée il y tout juste 5 mois et demi et partie il y a une quinzaine de jours.

Un petit bout de jeune femme (trop) discrète, polie, respectueuse, bref le rêve de tout éducateur qui n'aime pas "recadrer" à longueur de journée, voire crier, voire très fort, et finir sa journée dans un état de stress qui défie l'imagination de nos décideurs politiques et autres financeurs (oups, ça m'a échappé).

S'étant fait doucement virer de chez l'assistante maternelle qui l'accueillait auparavant, Patricia a été accueillie sur mon groupe avec l'idée qu'une prise en charge basée sur la semi-autonomie la forc
erait à s'impliquer plus dans la gestion de sa propre vie (au moins en devant organiser et gérer son quotidien).

Son quotidien ne lui a posé aucun problème (ménage, courses, repas etc..)

Un hic, Patricia a été accueillie dans un projet de recherche d'emploi et de départ rapide, hors elle ne fait aucune démarche de sa propre initiative. Pourquoi? Et pourquoi se ferme-t-elle complètement et systématiquement dès que l'on aborde sérieusement ce sujet avec elle?

Fort de son constat, nous nous appuyons sur la relation qu'elle a tissé avec une autre jeune majeure, elle aussi en recherche d'emploi, pour l'accompagner dans ses démarches. Il apparait qu'elle est en effet très en difficulté pour les effectuer, qu'il s'agisse d'être au téléphone ou en entretien, de définir quels employeurs cibler ou comment les démarcher. Pire, je pense qu'elle ne supporte
réellement pas être confrontée à ces difficultés ; d'après les regards qui obscurcissent son visage, peut-être même nous en veut-elle alors de la pousser à s'y confronter, quand bien même nous sommes à ses côtés pour l'aider à y faire face. (fichtre qu'elle est longue cette phrase)

Les mois passent, les échéances de contrat APJM d'un mois se succèdent, toujours plus dangereuses. Patricia est "border line" de nous quitter, faute d'implication réelle dans "son" (?) projet.
Elle échappe une première fois à l'exclusion en trouvant in extremis un stage de deux semaine dans son secteur professionnel.

A la fin du mois, son référent social vient la rencontrer : il vient d'apprendre (et nous en informe) que Patricia n'est pas allé au terme de son stage. Son copain s'est fait passé pour un professionnel de la Mission Locale qui la suit et s'en est excusé auprès du responsable de stage.
Patricia a dit à chaque éducateur depuis quelques jours qu'elle ne souhaite pas quitter notre "unité de vie", mais "attend qu'on la vire."


Objectif de la rencontre du jour : la forcer à prendre sa vie en main, en faisant ses propres choix et en arrêtant de subir. La rencontre tripartite (Patricia, son référent social et moi) est menée vraiment avec précision et professionnalisme, comme rarement. C'est un succès.

Patricia demande à partir. Elle va vivre chez son copain. Qui vit chez sa mère. Avec son frère et ses 3 sœurs et le compagnon de Mme et un nombre incalculable d'animaux.


Patricia ne semble pas réjouie d'avoir fait son choix. L'est-il d'ailleurs réellement? Ne répond-elle pas au désir de cette famille? ("Mme C. veut m'accueillir" dit-elle dans l'entretien..)


Elle est un peu troublée quand son référent lui fait comprendre que l'héritage sur lequel elle compte a perdu un "0". (il passe de 100 000 euros espérés à 10 000, au mieux)

Elle est choquée (et c'est rare!) que l'on aborde avec elle le thème de la maternité et la responsabilité que cela implique. Son référent ne veut pas "devoir la rencontrer dans 5 ans pour placer son enfant". (ah oui c'est un peu raide dit comme ça, mais c'est le but!)

2 semaines après son départ, la rumeur la dit enceinte de deux semaines. Patricia, c'est en croisant très fort les doigts que je ne te dis pas "au revoir".

Bon courage

Ababakar

21 juin 2009

Départ N°14 Britany

Salut!

Je voulais me servir de cette rubrique tombée un peu en désuétude pour archiver le passage dans le service de Britany, et son départ la semaine dernière dans des conditions plutôt bonnes. Britany nous avait rejoint pour "acquérir plus d'autonomie" qu'elle n'en avait alors sur l'unité de vie collective où elle vivait déjà depuis quelques temps.

Il s'agissait surtout de lui permettre de grandir un peu, loin des dynamiques de groupes pré-adolescentes.

Britany a poursuivi sa scolarité avec sérieux et réussite (? on attend les résultats!). Elle a pris confiance en elle, physiquement j'entends ; elle soigne d'avantage son apparence. Sa relation aux éducs est devenue moins affective, moins exclusive ; ses relations avec les autres jeunes sont moins agressives, plus tempérées, plus patientes. En ce sens Britany est devenue plus "adulte". Elle a aussi renoué des liens totalement rompus avec ses parents, après avoir su en partie accepter leurs difficultés et ce qu'ils lui ont fait vivre enfant..

Britany a intégré cette semaine le service d'accompagnement des jeunes majeurs situés en centre ville, ce qui représente encore plus d'autonomie et une nouvelle marche à grimper pour devenir un adulte autonome.

Bon courage

31 mai 2009

Départs N°12 et 13. Marco et Cécilia. Le Guet-apens


Salut'

Dimanche soir dernier, ma collègue a été interpelée par une éducatrice d'un autre groupe, à la recherche d'une jeune fille de 17 ans, Leila, arrivée nouvellement en urgence sur son propre groupe, et disparue depuis une petite heure.

Or les studios des jeunes que j'accompagne en semi-autonomie sont le lieu rêvé pour trouver refuge..

Ma collègue fait le tour des studios (notons que nous avons un passe) et se trouve finalement dans l'impossibilité d'ouvrir celui de Marco, jeune garçon de 18 ans, ce dernier ayant apparemment (encore) changé le barillet de sa serrure.

Certaine que Marco est chez lui, ma collègue tambourine à la porte, et il finit par ouvrir au bout de plusieurs minutes. Leila est là (leila ouhouhouhouh ouhouhouh) ma collègue est très en colère et la fait sortir manu militari.

Hum..je dois préciser que les jeunes en studio n'ont pas le droit d'accueillir des jeunes des autres groupes, encore moins du sexe opposé..

Dans la nuit, une autre jeune de mon service, Cécilia (18 ans), affirme à une surveillante de nuit posséder une vidéo de Marco et Leila "ensemble", ce dont la surveillante de nuit nous informe via un rapport informatisé dont je prends connaissance le lendemain matin.

Le soir même, alors que je passe devant la structure en rentrant chez moi, je vois un gros attroupement d'une vingtaine de personnes très énervées : Marco, Cécilia, Leila et sa mère sont là, quelques éducs et un tas de jeunes. Je m'arrête et je file un coup de main à mes collègues pour dissiper un peu le groupe, "rentrer les jeunes", et je constate que Cécilia est à la fois très en colère et meneuse de toute cette petite troupe qui s'acharne crescendo contre "la nouvelle" depuis une semaine, Leila.

Comme j'essaie d'isoler Leila en la prenant à part et en tentant de discuter avec elle, je m'aperçois qu'elle refuse toute responsabilité dans l'évènement du soir, ce qu'elle me répète plusieurs fois en hurlant, autant à destination des autres jeunes que moi : "J'ai rien fait de mal moi! C'est pas moi qui me fait enc.. c'est pas moi qui me fait enc. par Marco etc.. " sic

Finalement tout le monde se disperse, je laisse le relai à mes collègues qui s'en sortent très bien et je rentre chez moi.

Le lendemain est notre jour de réunion d'équipe hebdomaire. J'en apprends bien plus sur la situation. J'apprends notamment (les sources sont floues) qu'un vidéo tourne sur les portables des jeunes ; le sujet de la vidéo : "Marco et Leila en pleine scène de sodomie dans le studio de Marco" Il semble que Cécilia soit la réalisatrice et à l'origine de la diffusion. Nous comprenons aussi qu'il s'agit d'une video réalisée sans le consentement de Leila, piégée par Marco et Cécilia, cachée dans sa salle de bain (en compagnie d'une autre jeune fille de 15 ans qu'elle a sous sa coupe..)

Dans la même matinée de réunion, Cécilia, en formation, nous appelle pour nous demander si nous pouvons lui apporter son portable ce midi sur son lieu de formation , elle l'a oublié chez elle..
Au delà même de cette situation et de cette demande pour le moins inhabituelle et curieuse, nous avons dès lors ce portable sous la main. Qu'en faire?

Décision d'équipe, chef de service présent, nous fouillons dans le portable, à la recherche de la vidéo. Après quelques tribulations dues à des écueils technologiques, nous trouvons la vidéo, dont les quelques secondes entre-aperçues non sans répugnance ne laissent pas de doute sur les protagonistes et les lieux.

Nous informons le directeur de la situation, de la vidéo en notre possession. Nous apprenons en même temps qu'une plainte a été déposée par la mère de Leila (contre qui? pour quoi?) L'affaire prend une tournure très compliquée.

La réponse de la direction ne se fait pas attendre. Marco et Cécilia sont exclus dans la foulée. La vidéo doit être effacée.

Fin?


17 juin 2008

Les départs. Et après?

Aujourd'hui, et ce n'était pas arrivé depuis longtemps, E. et F. sont venues dire bonjour.
Elles étaient hébergées entre 2000 et 2002.. ouh! un bail!
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E. a une vie que l'on peut qualifier de stable: un appart, un copain avec qui elle vit depuis 4 ans; elle a changé souvent de travail, mais elle en a toujours eu.
F. habite encore aujourd'hui le studio trouvé à son départ du foyer il y a 6 ans. Elle travaille toujours au même endroit. C'est difficile, mais elle est très courageuse, et elle n'aime pas le changement.
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J'en avais déjà parlé dans un post l'année dernière: les anciennes reviennent pour donner de leurs nouvelles. Quand elles sont hébergées, elles constatent que ça se fait, que c'est l'usage de la maison, et elles s'autorisent à venir quand, à leur tour, elles deviennent ces "anciennes". Elles savent également que la stabilité dans le personnel permet de risquer que la porte s'ouvre sur une tête connue, et que nous les accueillerons avec plaisir, voire avec un café. Elles nous donnent en général des nouvelles de l'une ou de l'autre, hébergée à la même période.
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Nous n'avons rien institué à ce sujet, bien que nous aimerions tous savoir ce qu'elles deviennent, évidemment. Rien que par pure curiosité! Mais comment le pourrait-on?
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J'avais bien essayé, à un moment, prétextant un mémoire de fac de questionner des jeunes femmes sorties depuis plus de deux ans, mais celles qui ont répondu à mon appel étaient celles qui le voulaient bien. J'entends par là que si leur situation avait été trop critique, je n'aurais même pas réussi à les joindre. Celles qui ont répondu sont celles pour qui la vie va, au moins à peu près.
Nous avons aussi des nouvelles par le "réseau": référents sociaux, jeunes femmes hébergées, partenaires.. nous recevons des faire-parts.. elles envoient des voeux, des photos..
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et tout ça me semble bien suffisant! Elles sont déjà bien assez fichées comme ça.

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15 juin 2008

V.

Salut
Après lecture de tous ces départs, me revient en mémoire celui de V., il y a quelques mois maintenant.

V., jeune femme de 18 ans, est hébergée au foyer depuis quelques mois. Nous repérons vite son extrême fragilité psychologique, et cette mise en danger d'elle-même beaucoup trop fréquente. Cela se concrétise par un rapport à l'autre manquant cruellement de distance et de discernement.

Après une déception sentimentale avec celui qui lui avait promis le mariage et le respect de son corps, et qui l'a trahie.. avec une autre, par respect pour elle justement.. elle rencontre un autre jeune homme.
Deux semaines plus tard, elle nous annonce son départ imminent, pour son mariage, dans le pays d'origine de son futur mari.


Nous avons essayé qu'elle parte dans de bonnes conditions, puisque son rêve de vie allait se réaliser. Elle souhaitait depuis quelques mois se convertir à une religion, celle de son copain actuel et celle du précédent copain aussi. Elle l'explique par le fait que sa famille naturelle l'a trop déçue, qu'elle a trop souffert, et qu'à cause d'eux, elle est définitivement ecoeurée par tout ce qui ressemble de près ou de loin à sa culture familiale d'origine. Elle pense qu'en changeant de religion, elle commence une nouvelle vie et qu'elle peut oublier l'ancienne à jamais.
Elle a aussi fait un court séjour dans une famille d'accueil de la même origine que son copain, et cette période a confirmé qu'elle pouvait trouver chez eux (et par extension chez tous ceux de leur confession) l'attention qu'elle n'avait jamais eue. Et comme pour elle, il y a (très très) vite les bons et les méchants, son choix était fait.

Cette proposition de mariage précipité est selon elle la chance de sa vie: elle pourra "s'occuper de son mari, le servir, s'occuper de la maison"(sic), (le rêve de toute femme, quoi!).

Nous lui avons alors proposé de garder sa place au foyer, c'est-à-dire de ne pas mettre fin à sa prise en charge dans l'immédiat, afin qu'elle ait un point de chute à son retour de.. là-bas (10 jours plus tard), au cas où elle voudrait changer d'avis, revenir sur sa décision. Par prudence, simplement.
Mais les quelques minimes précautions que nous avons voulu prendre (nom du futur mari et adresse à l'étranger) ont suffi à ce qu'elle parte en catimini, comme un mari qui irait chercher des cigarettes et qui ne reviendrait jamais.
Elle a laissé derrière elle sa scolarité (à quelques mois des exam), ses effets personnels, et une coquette somme, pourtant difficilement thésaurisée.
Nous avons essayé pendant le peu de temps qui nous était imparti, entre le choix du départ et le départ réel, de la laisser libre de ses actions, tout en tentant de l'amener à un choix éclairé. Aïe, qu'est-ce que ça veut dire??? L'éducateur "suffisamment bon", c'est possible, ça? Difficile de trouver le discours juste, le "ni trop" "ni trop peu". C'est ici que la régulation d'équipe a été importantissime. Les réunions furent hautes en couleurs! En effet, il n'était pas aisé de mettre de côté ce que nous pressentions tous: nous avions des craintes quant aux desseins du mari, qui plus était vue la fragilité psychologique de V. qui n'échappait à personne (membre éducatif ou pas). Et il nous fallait nous débarrasser des représentations sociales de ce cliché, situation d'autant plus délicate qu'elle était persuadée que nous faisions tout pour la dissuader de partir. Etait-ce "socialement correct"?

Tout ceci, sans oublier que nous avons toujours un rôle de protection et que conséquemment nous nous devons de faire ce que nous appelons dans notre jargon "les recommandations d'usage". Nous l'avons donc mise en garde concernant cette future belle-famille qui lui paie tout, qui la prend en charge pour Tout, qui lui fait faire son passeport précipitamment, qui la couvre de cadeaux et qui crédite son portable à souhait..


Elle a été aperçue quelques semaines plus tard dans un quartier voisin. Nous ne savons pas à ce jour si elle s'est mariée, si elle s'est rendue là-bas, si elle est heureuse.. Elle n'est jamais repassée au foyer, sa ligne est désactivée, et les autres jeunes filles hébergées ne l'ont jamais revue non plus.
Maïa.

Début juillet 2008: Comme s'il suffisait d'en parler, nous avons eu des échos par messageries interposées.. un peu le téléphone arabe, en quelque sorte. Alors? Elle est dans un autre pays lointain (pour ne pas le citer), en passe de se marier avec un autre homme, et elle est heureuse.



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2 juin 2008

Départ N°7 : Jordan


Salut!

Bien. Aujourd'hui il faut parler de Jordan, 18 ans.

Jordan est arrivé dans le service il y a un an et demi. Situation conflictuelle et violente dans le milieu familial.

Un petit compte rendu catégorisé:

Vie dans l'institution: a priori les règles ne sont pas pour lui, il est bien au dessus. Plus tard il ne les respectera qu'en apparence. Finalement il les "intègre?", tout en continuant à les discuter, et tant mieux. En terme de gestion du quotidien, se sert beaucoup des autres (en s'invitant très souvent chez eux). Pas de problème d'argent car dès sa majorité il vide des comptes dont nous n'apprenons l'existence qu'une fois vidés.. ce qui ne l'empêche toutefois pas d'avoir une belle ardoise chez nous en fin de séjour.

Relations avec les autres jeunes: euh.. imbuvable? méprisant peut-être. Finalement il se fera quelques copains. Mais surtout pas d'amis, même à l'extérieur. Les amis, ça sert à rien.
Surinvestissement amoureux suivi de drames et de nombreuses périodes dépressives.


Scolarité: Scolarisé en milieu technologique (pas "professionnel" hein! "technologique!"), il a de très bon résultats, mais un énoOOOrme absentéisme. Son projet scolaire est alternativement source de surinvestissement et de désintérêt. Il doit absolument être le meilleur lorsqu'il se présente à un devoir, mais son passage dans la classe supérieure ne l'intéresse pas plus que ça.
Il abandonne sa fillière, tente la restauration, reprend l'école, l'abandonne à nouveau.. Mais que veut-il??

Relations familiales: Lui a des contacts uniquement téléphoniques avec Mr mais très très très fréquents. Ne parle d'abord jamais de sa famille. Puis parle rapidement des conseils systématiques de Mr, qui lui dit quoi faire et comment à chaque petite étape de sa vie. Nous n'avons aucun contact avec eux, même si le temps passant, il nous semble de plus en plus évident que nous n'irons nulle part sans eux. Image idéaliséé du père. "on a le même parcours, lui seul me comprend, je n'écoute que lui etc.."

Durant tout son accompagnement Jordan est vraiment "border line" en terme de respect de ses engagements vis à vis de son A.P.J.M. On a d'abord l'impression qu'il ne sait pas ce qu'il veut (bon ça peut se comprendre..) puis qu'il cherche à gagner du temps (on en gagnerait s'il nous disait vraiment ce qu'il veut) et enfin qu'il cherche à se faire exclure pour mettre sa famille dans l'obligation de le "reprendre".. ("ben oui mais non, tu fais rien de ta vie etc..)

Depuis quelques semaines il a tout abandonné en terme de projet d'insertion professionnelle. Quelques tests très éloignés dans le temps pour intégrer l'armée, mais plus personne n'y croit. Plus personne sauf lui. Il a été incorporé mercredi dernier. Loin de chez nous, loin de chez lui, loin de tout ce qu'il connait, et pour une durée indéterminée. "Section spéciale entrainement trop trop dur de guerilleros". "Mon père est très fier de moi" "Ma mère est très contente.. "(hum, loin des yeux tout ça..)

Une dernière phrase rapportée par Jordan sur le quai de la gare. Mon père m'a dit: "Avec tout ce que t'as mangé quand t'étais gamin, l'armée pour toi ça va être du gâteau!"

Si ça, ça vous donne pas de l'espoir..

A Bientôt

26 mai 2008

Départ N°6: Edward

Salut!

Les départs se multiplient en cette fin d'année scolaire.

Edward est arrivé chez nous il y a quelques mois, âgé de 17 ans.
Son parcours? En deux mots il a passé son enfance en famille d'accueil, dès l'âge de 7-8 ans si je ne me trompe pas. Pour quelles raisons? Qu'elle est la situation de sa famille naturelle? Aucune idée.
A 16 ans il a intégré une structure d'hébergement en semi-autonomie à l'intérieure de laquelle il a pu suivre une formation, et a obtenu ainsi son CAP cuisine. Cet examen obtenu, il devait changer de structure et c'est comme celà que nous l'avons accueilli.
Son projet? Essentiellement professionnel: mener à terme un contrat d'apprentissage débouchant sur un BEP cuisine et devant se solder par une embauche, pour prendre son envol très rapidement.
Son séjour dans la structure: relations avec l'équipe éducative: quasi-inexistante, il vit replié sur lui-même, ne fait aucune demande, même budgétaire (un accord entre lui et son référent social lui permet de gérer seul son salaire et ses comptes). Il est difficile d'aller vers lui, son studio devient rapidement un camp retranché auquel il est difficile d'accéder sans passer pour des inquisiteurs. Petit à petit il devient le leader de 5-6 garçons de tout âge, tous dans des situations de fragilité psychologique et d'influençabilité (cf image), auxquels il apporte sécurité, protection et parfois un peu d'alcool et de fumette, certainement, en échange de leurs "bons plans" et de leur loyauté indéfectible.

Plusieurs points sont faits sur sa situation durant ses quelques mois de présence, afin d'éviter les gros dérapages et d'entendre Edward sur ses projets à sa majorité. 1 mois avant celle-ci, il cherche confusément un studio pour s'installer. Il demande alors une aide éducative, (enfin!). De toute évidence il apparait qu'il n'est pas du tout autonome pour les démarches civiles! On comprend alors que son employeur l'a vraiment pris sous son aile, génial?!?..

Le jour de sa majorité, il "découche" pour fêter celle-ci avec son frère, c'est à dire le fils de sa "mère d'accueil". Il ne reviendra jamais. Un ou deux contacts téléphoniques. Ses affaires lui sont discrètement rapportées, petit à petit mais rapidement, par son ancienne garde rapprochée.

Ne va plus du tout en cours, continue d'aller travailler (c'est un vraie passion!), a passé ses exams?

Plusieurs remarques:

- Méconnaissance du parcours
- Pas de problématique dégagée
- Pas de projet éducatif individualisé
- Un parcours d'accompagnement long, très long (dès l'âge de huit ans)

12 mai 2008

Pourquoi les "Départs"? N°5: Donald

Salut.



Je m'aperçois que j'hésite à écrire cette rubrique "Départs" car je ne sais pas sur quel mode le faire.

Je louvoie sans cesse entre le style "méthodologique", "télégraphique" et "jargonneux" des écrits professionnels, à base de formules toutes prêtes à l'emploi, toutes belles, justes et efficaces et l'envie d'écrire au fil de la pensée, sans construction, sans distinction des faits et des ressentis, sans clarté et exposé global de la situation, sans tentative de rendre compte d'un accompagnement.

En fait cette rubrique, c'est d'abord l'endroit où je veux tenir les comptes. "Tiens, lui il est parti dans telles conditions: alors finalement quel sentiment j'en ai: échec ou réussite? Et lui, il avait l'air satisfait ou non?
Je veux pouvoir me retourner dans un an et m'arrêter 5 min pour relire ces situations.
Je veux me souvenir de ce que j'ai fait, de ce que je n'ai pas fait et de ce que j'aurais pu faire.
Je veux rester en mouvement, et faire mon possible pour améliorer ma pratique.
Je veux aussi simplement pouvoir écrire, ici, que je suis passablement en colère quand une situation d'accompagnement prend fin de manière unilatérale, quand je pense que nous n'avons vraiment pas fait notre travail.

Je veux aussi pouvoir écrire que je suis passablement fier de voir des jeunes qui passent par le service et qui s'en sortent; Donald a quitté le service la semaine dernière. Je passe sur l'histoire et le parcours. Il a un job, une chambre en ville, (une?) copine, des amis. Il est prêt à gérer tout ça tout seul, plus les démarches administratives, plus les relations familiales etc.. Ah bien sûr rien ne dit que le parcours ne sera pas semé d'embûches, mais..

Je veux aussi écrire ici que j'ai de l'espoir, beaucoup d'espoir; une grande partie des jeunes avec lesquels je travaille en ce moment sont sur la bonne voie pour prendre leur envol dans de bonnes conditions, c'est à dire dans des circonstances qui leur permettent de mener la vie qu'ils veulent, quelle qu'elle soit.


Je prends le relais, cher collègue.
Ton message me renvoie à l'actualité directe de mon boulot, et je comprends tellement bien ta dernière phrase: "mener la vie qu'ils veulent, quelle qu'elle soit".
Alors.. ce post, tu aurais presque pu l'intituler "évaluation de mon travail", non?
Tu parles de ce que tu as fait et de ce que tu aurais pu faire, tu parles de fierté, tu parles d'améliorer une pratique, tu parles de sentiment d'échec et de réussite...
C'est ici qu'est toute la question de l'évaluation de notre travail, sujet au goût du jour s'il en est.


Quelques questions me viennent:

- Comment construire des outils d'évaluation qui prendraient en compte la satisfaction des jeunes personnes accompagnées? Et serait-ce entendable par les financeurs?
- Quel est l'impact éducatif produit chez l'autre? Comment penser pouvoir le "mesurer"?
- De bonnes conditions matérielles de départ sont-elles des gages sur l'avenir?
- Le sentiment d'échec ou de réussite de l'éducateur est-il révélateur de la qualité du travail éducatif fourni?

C'est ce genre de questions que nous nous posons en équipe. Et nous essayons d'insister auprès de nos cadres sur l'importance de ces réunions, afin d'éviter de nous retrouver prochainement à cocher des cases dans des grilles d'évaluation, remplies d'items étiquetants. Tiens.. éthique, étiquette, je n'avais jamais remarqué cette similitude phonétique.. (normal.. rien à voir..)

Il n'y a rien qui m'énerve plus que d'entendre [BIP] dire : "quand elle est arrivée, elle n'avait rien, aujourd'hui, elle repart avec un diplôme et c'est un peu grâce à nous, hein?". Et alors? Je ne pense pas qu'un accompagnement réussi se calcule en niveau d'étude ou en surface de logement ou en nombre de CDD sur l'année. Beaucoup de nos hébergées font des études supérieures, mais qu'est-ce qu'elles sont abîmées! Mon idéal professionnel serait que les JF partent en harmonie avec elles-mêmes. Ben oui, ça fait très gnan gnan, dit comme ça, mais vous comprenez le sens.. Et puis c'est très utopiste tout ça, ça voudrait dire qu'on fait des miracles, au moins un peu.. parce que la durée du séjour excède rarement une année.

Ce que je voudrais entendre de [re-BIP], c'est que nous allons demander aux jeunes femmes ce qu'elles pensent de notre travail et ce que nous pourrions faire pour un meilleur service rendu. Rien qu'à titre indicatif, ce serait très riche, alors si nous nous mettions à analyser ensemble tout ça, ce serait... les mots m'en manquent!
Allez.. au travail..

A bientôt.

Maïa.


30 mars 2008

Départ N°4: Axelle

Salut!

Aujourd'hui je vais vous narrer l'arrêt de prise en charge d'Axelle.. Et ça ne me fait pas particulièrement plaisir. Et puis aussi je vais arrêter d'écrire en rouge; c'est fatigant pour vos yeux et dans le Nord on trouve ça agressif.

Par où commencer? Axelle n'est pas sortie de nulle part. Elle a été accueillie à la Maison d'Enfants à l'âge de 16-17 ans car ses parents étaient en grosse difficulté pour s'occuper d'elle. Et pour cause. Sa mère est décédée deux ans auparavant; elle s'est suicidée. Et pas proprement. Oulala je me demande si je ne devrais pas arrêter maintenant, je transpire le cynisme... je n'ai pas envie de raconter cette histoire.. Son père cumule les séjours de repos en clinique psy. Axelle est ballotée entre les deux familles, qui d'après elle ne peuvent pas s'entendre. Et puis au milieu de tout ça il y a un héritage, assez conséquent.

Axelle est accueillie d'abord sur une unité de vie collective. Un peu jeune pour la vie en semi-autonomie. Après un séjour de quelques mois, l'équipe qui la suit la pousse à intégrer mon service. Officieusement on nous présente Axelle comme une manipulatrice, notamment des garçons plus jeunes. Sa venue chez nous doit protéger ces derniers..

Axelle fait désormais partie des effectifs de notre service depuis un an et demi. Elle n'a jamais été vraiment en demande de son accompagnement, malgré le "libre choix" qui lui est laissé à sa majorité. Dans les premiers temps elle s'isole chez elle; il est vraiment compliqué d'entrer en relation avec elle; le monde entier lui veut du mal, et surtout les éducs. A la suite de cette période, déscolarisée, elle fuit son isolement à longueur de journée chez des voisins en difficulté, auxquels elle apporte son soutien. Ca ne lui réussit pas beaucoup plus. Une amorce de tentative de colocation se conclut par un échec. Un soir, son mal être est plus fort que tout et elle exprime son désir urgent d'effectuer un séjour de repos en clinique. Elle revient de ce séjour plus forte, avec l'envie de reconquérir sa vie. Elle reprend l'école et travaille assidûment. Elle gère quasi seule toutes les complications dues à l'héritage (financièrement important). Sa parano n'a pas disparu mais elle surmonte tout ça avec beaucoup d'humour, parfois sombre, souvent grinçant. Son rythme de vie s'accélère, l'argent part sans compter, sans contrôle.. alors même que le début de relation éducative qui s'était créé depuis son retour de séjour de repos s'estompe doucement..

Une période de stage survient. Elle rentre de plus en plus tard le soir, car elle "doit s'occuper d'une amie qui ne va pas bien". Puis elle ne rentre plus, plusieurs jours durant, effectuant deux rapides passages pour récupérer quelques affaires. Son patron n'a pas de nouvelles d'elle. Nous n'arrivons même plus à la joindre sur son téléphone. Une synthèse est organisée pour faire le point sur la situation d'Axelle. Sa référente parvient à la joindre pour la convoquer. Le départ est proche. Pourquoi ne pas le faire dans les règles? Le jour de la rencontre, Axelle ne vient pas. Elle ne loge plus chez nous, de fait, depuis presque 15 jours. La prise en charge s'arrête aujourd'hui, ce que sa référente se charge de lui communiquer.

C'était il y a une petite semaine. Axelle n'est toujours pas repassée prendre ses affaires, qui sont déjà dans des cartons, et sont peut-être même stockés à l'U.T. Pas de nouvelles directes. D'après quelques jeunes du groupe, elle se balade souvent avec une ancienne jeune du service du même âge avec laquelle elle dépense beaucoup d'argent dans les bars. Elle projette de s'installer en colocation chez une dame un peu plus âgée, jeune maman célibataire, qui l'aurait recueillie.

23 mars 2008

Nouvelles de ceux qui nous ont quittés

Salut!

Ajourd'hui quelques nouvelles des jeunes dont je vous ai ici relaté le départ.

Aux dernières infos Alexia -partie rejoindre son copain à quelques lieues de là- est de retour en ville, le contrat de travail de son petit ami n'ayant pas connu de pérennisation. Ils vivent toujours ensemble (chez le père du jeune homme?). Alexia semble très heureuse dans cette vie de "petit couple". Les témoins qui l'ont rencontrée promenant son chien affirme qu'elle semble "épanouie" et absolument pas inquiète quant à son devenir.. A quand le bébé?!

Marvin est passé sur la Maison d'Enfants il y a quelques jours; un autre jeune lui avait donné rendez-vous. Il en a profité pour nous glisser un bonjour rapide et souriant, (accompagné d'une demande pour récupérer son reste d'argent de poche!^^) Même si des doutes subsistent sur la continuité de son absentéisme scolaire depuis son départ (nous avons reçu un mot d'absence avant que son changement d'adresse soit effectif) Marvin nous informe qu'il est allé le matin même passer ses examens (à suivre!) Il est toujours souriant et particulièrement bien sapé: il participe aujourd'hui à une manifestation d'un mouvement politique dans lequel il est de plus en plus investi. Lui. Le gamin qui s'isolait chez lui et ne sortait que vêtu d'une vieille veste de survêt sale et trouée!

4 mars 2008

Départ n°2 -Marvin-

Salut'

Ce départ a eu lieu pendant mon absence, durant une semaine de formation, ce n'est qu'un témoignage indirect.

Marvin a 18 ans depuis quelques mois. Il a été accueilli sur le service quelques semaines avant mon arrivée sur cette unité de vie, il y a maintenant un peu plus d'un an.

Il y a deux semaines et demies, une rencontre était programmée entre lui, son père, son référent A.S.E. et nous, suite à notre interrogation sur le sens de sa prise en charge A.P.J.M.
Depuis un an, sa situation n'a pas changé; 2 axes de travail principaux: 1 volet "scolarité" basé sur la lutte contre l'absentéisme, l'obtention d'un BEP; et 1 volet "hygiène", basé sur l'h
ygiène corporelle et l'entretien du lieu de vie / l'image renvoyée aux autres.
En regardant en arrière, il est très difficile de voir une évolution positive dans ces deux domaines: l'absentéisme réapparait de manière régulière et récurrente. Les problèmes
d'hygiène sont de plus en plus flagrants (ou gênants?)
Lors de cette réunion, ni Marvin ni son père ne sont présents. Nous apprendrons qu'ils ont préféré aller se balader en Belgique.

La semaine dernière, un nouveau rendez-vous est pris. Cette fois-ci tout le monde est là.
L'interrogeant sur ce qu'il souhaite vraiment, bref sur l'objet de sa demande d'A.P.J.M., Marvin dit qu'il en a marre de la maison d'enfants, marre qu'on lui fasse la morale sur l'école et son studio. Il souhaiterait vivre chez son père, qui se dit prêt à l'accueillir. Marvin et Mr disent avoir parlé et sont d'accord sur le fait qu'il retourne vivre chez Mr, s'étant mis d'accord sur une "obligation de ne manquer aucune heure de cours". Le départ est prononcé au d
ébut du mois suivant, à savoir deux jours plus tard. Le temps de ranger un peu le studio.....^^

Le jour J., Marvin ne fait qu'un passage éclair dans le bureau des éducateurs. Il a eu un petit cadeau de départ la veille. Il dépose ses clés, ne récupère aucun papier et a disparu peu de temps après, non sans avoir rassuré sur le fait qu'il donnerait des nouvelles...
Je ne crois pas que mes collègues aient vu Mr ce jour-là, en tout cas il n'en était pas question dans le récit de ce départ..précipité!

Au dire de tous les professionnels qui l'ont entrecroisé ce jour-là, Marvin présentait un visage on ne peut plus radieux! Il avait même une "sacré banane".

Alors que ce récit se termine, je demande à ma collègue, pris d'un doute affreusement non-professionnel: mais au fait pourquoi était-il arrivé chez nous, lui?
Réponse: Mr, chez qui il vivait jusqu'alors, a eu une courte période dépressive suite à son divorce. A vrai dire, "nous n"avons pas compris quand Marvin a demandé un APJM"..

1 mars 2008

Départ N°0 -Claudio-


Salut'

Bon il faut que je revienne sur un départ qui a eu lieu avant que je tienne cette rubrique.

On va dire que le jeune homme s'appelle Claudio. Pourquoi pas. Un type d'1m70 à peine. Poli. Qui dit oui à tout ce qu'on peut lui renvoyer: "tu as raison" "je suis d'accord avec toi" "je vais faire ça" Voilà tout ce qui pouvait en général sortir de sa bouche.

Je ne sais même plus s'il était scolarisé à son arrivée, mais si c'était le cas ça n'a pas duré longtemps. A longueur de journée dans son petit studio exigü, il s'imaginait avoir le choix entre se terrer, se replier sur lui-même au maximum, ou mettre les pieds dehors et sombrer dans un rade.

A quelques jours de sa majorité, il a retrouvé un pote de foyer majeur depuis peu, et ayant à cette occasion hérité d'un petit pactole. Un soir Claudio n'est pas rentré. Ni le lendemain, ni jamais.
N'ayant pas fait de demande pour rester à sa majorité, l'accompagnement a cessé.
Avait-il seulement commencé?

Une seule et unique fois lors d'une rencontre avec son référent Claudio nous a laissé apercevoir quelque chose de lui-même qui ne soit pas lisse.
Lancé sur ses problèmes d'alcool, il a su dire ce jour-là, énervé et ému, qu'il ne pouvait concevoir pour lui qu'un avenir de misère, sans aucune perspective positive.
C'était peut-être deux semaines avant sa "disparition"

Après son départ, les autres jeunes du service, qui eux continuaient d'avoir de ses nouvelles, nous ont dit que Claudio était nourri logé par son pote, avec lequel il buvait son "pactole" à vitesse grand V.
Par le réseau, nous avons ensuite appris qu'il était désormais hébergé en centre d'hébergement d'urgence.
Nous le revoyons alors qu'il vient récupérer quelques affaires et des papiers chez nous, à la va-vite, à deux occasions. Il a retrouvé son père qu'il n'avait jamais vu et qui pourtant habitait la même ville. Ce dernier l'héberge. Lui-même "cherche une formation", comme avant..
Cette semaine, j'ai appris qu'il avait braqué la réserve d'alcool d'un supermarché avec trois autres.

Il a écopé d'une peine de prison ferme de quelques mois.

18 févr. 2008

1er Départ -Alexia-

Salut.

J'entame une nouvelle série de "post" pour rendre compte de la manière dont les jeunes adultes que j'accompagne quittent mon service. Je rappelle qu'il s'agit d'une unité de vie semi-collective qui accueille des 17-21 ans dans le cadre de la protection de l'enfance et notamment dans le cadre de contrat d'accueil provisoire de jeunes majeurs.
Voyons ce qu'il en ressortira.

Alexia a mis pour la première fois les pieds à la Maison d'Enfants alors qu'elle était âgée de 14 ans, après avoir alerté les services sociaux qu'elle et sa demi-soeur étaient victimes de mauvais traitements à leur domicile, à savoir chez leur mère, celle-ci vivant avec le père de la plus jeune. Placées pendant un an, le couple parental déménage, se fait suivre par rapport à leur consommation d'alcool, et la famille entame une thérapie familiale. Un an plus tard, une "main-levée" est prononcée.

A 17 ans, Alexia et sa référente sociale toquent à la porte de la Maison d'Enfants. Alexia a quitté le domicile de Madame depuis quelques semaines, et révèle avoir eu des relations sexuelles avec le compagnon de celle-ci. Partie vivre chez son père, les conditions de vie précaires de ce dernier, associées aux mauvaises relations entre sa compagne et Alexia conduisent cette dernière à demander à la maison d'enfants de l'accueillir.

Alexia reprend sa scolarité avec assiduité mais sans motivation. Elle entretient une relation avec un jeune homme de 26 ans, chez qui elle avait trouvé refuge alors qu'ele vivait officiellement chez Monsieur. Ce dernier n'a pas pas de travail régulier mais une reconnaissance en tant qu'adulte handicapé. Quelques semaines avant la majorité d'Alexia, ce dernier trouve un travail (en "CDD") à une centaine de kilomètres de la maison d'enfants. Les rencontres entre lui et Alexia s'éloignent.

Un mois avant sa majorité, une rencontre est organisée entre Alexia et sa référente pour aborder son changement de situation à sa majorité, à savoir (pour les non-initiés^^) la non-obligation pour le département d'accompagner Alexia, et son choix désormais de bénéficier d'un accompagnement éducatif ou non. Au cours de cette rencontre Alexia ne semble pas avoir une vision claire de sa situation, ni de son avenir; par contre elle sait qu'elle ne veut pas rester à la maison d'enfants.

Une dernière rencontre est mise en place une semaine avant la majorité d'Alexia. Au cours de celle-ci tout est fait pour donner à Alexia une vision" objective?!" de sa situation. Qui l'accueillera? Comment vivra-t-elle? etc.. Alexia ne sait tjs pas répondre à ces questions.

Une semaine plus tard, Alexia est majeure, elle s'en va aujourd'hui. Elle a fêté son anniversaire il y a quelques jours avec le groupe. Elle a attendu, réglo, le dernier jour pour s'en aller. Elle a entamé des démarches auprès de l'école, de la sécurité sociale etc.. pour régulariser sa situation. Sa tante vient l'aider à déménager et l'accueillera quelques jours chez elle, jusqu'au week-end prochain où son copain viendra la déménager à nouveau pour commencer une vie à deux. Elle rend un studio rangé, récupère quelques papiers que nous avions en notre possession et nous rend ses clés.

Au moment de partir définitivement, quelques mots de sa part, maladroits et gênés: "tu veux me faire la bise au moins?" Ce n'est pas dans mes habitudes au quotidien, mais je vois dans son regard un peu triste que ça marquera effectivement la fin d'une étape de sa vie!

Alors au revoir, et bonne route.